LE CRDI EXPLORE

DE L'EAU POTABLE POUR LA CAMPAGNE CHILIENNE

Le Chili élabore des politiques pour améliorer la qualité de l’eau consommée par ses communautés rurales éloignées. Ces normes sont étayées par dix ans de recherches internationales subventionnées par le crdi. Le premiers projets ont mis au point des technologies à la fois simples et fiables pour évaluer la qualité de l’eau, puis on a voulu démontrer que les communautés pouvaient elles-mêmes effectuer des contrôles efficaces.

C’est grâce à ces projets de recherches parrainés par le crdi que le Chili se dotera, en 1996, de normes nationales de traitement de l’eau potable en milieu rural. Dans ce pays où « 90 % des citadins bénéficient de l’eau potable, 70 % des habitants ruraux en manquent », rappelle Gabriela Castillo, responsable du projet sur l’« Analyse communautaire de la qualité de l’eau » et professeure au département d’ingénierie civile de l’Université du Chili.

Ce projet, échelonné sur deux ans, visait à éprouver une méthode de contrôle bactérien utilisant le test au sulfure d’hydrogène (H2S). Mis au point en Inde, ce test repose sur l’utilisation d’un papier buvard pour mesurer la production de sulfure d’hydrogène que produisent les bactéries dans un milieu d’incubation. Il nécessite très peu d’équipement ( un petit incubateur en est la pièce essentielle ) et un minimum de formation par l’opérateur.

Après avoir analysé 622 échantillons prélevés dans trois régions chiliennes, Castillo conclut : « Même si le test au sulfure d’hydrogène n’est pas reconnu par l’Organisation mondiale de la santé, il a l’avantage d’être beaucoup plus économique et beaucoup plus pratique que le test conventionnel dit du nombre le plus probable [ en ang., le MPN ], tout en étant aussi efficace ». Ses recherches, qui lui ont permis d’adapter le test aux réalités chiliennes moyennant de légères modifications, servira d’assise à la standardisation de la procédure à l’échelle du pays.

L’adaptation du test au sulfure d’hydrogène correspond à un réel besoin du Chili où les populations rurales doivent faire analyser leur eau à l’extérieur de leur région. Treize entreprises de la CORFO (Corporación de Fomento de la Producción) sont responsables de l’acheminement et du traitement de l’eau potable dans les villes et les zones rurales à la grandeur du pays. Leurs inspecteurs collectent les échantillons d’eau et les ramènent dans l’un de leurs laboratoires installés dans l’une ou l’autre ville du pays.

Le processus entraîne de véritables problèmes : « Souvent à cause de l’éloignement, d’un bris ou de quelque raison que ce soit, il s’écoule des semaines avant que les résultats d’analyse ne parviennent aux autorités du village et que celles-ci puissent apporter les correctifs nécessaires. Grâce au test au sulfure d’hydrogène, le responsable de l’eau potable de la communauté peut lui-même constater si l’eau est contaminée 48 heures après avoir prélevé les échantillons. »

Selon Roberto Duarte, de la Superintendencia de Servicios Sanitarios, l’organisme qui applique les normes techniques du contrôle de l’eau dans les treize entreprises de la CORFO, « le test au sulfure d’hydrogène permettra une plus grande autonomie des populations rurales et un meilleur contrôle de leur eau potable ». Il permettra, par exemple, de détecter les bactéries fécales, dont celles qui sont à l’origine du choléra. Le cas échéant, l’opérateur désinfectera l’eau en y ajoutant du chlore afin de tuer les bactéries.

Duarte préside également une Commission d’études créée pour développer les standards de normalisation du test à l’échelle du pays. Cette commission réunit les principaux organismes gouvernementaux engagés dans la procédure, dont les ministères de la Santé et celui des Travaux publics. Elle a tenu sa première réunion en juin dernier et son président estime que les normes nationales de traitement d’eau potable basées sur le test au sulfure d’hydrogène seront prêtes en 1996.

Il existe, au Chili, quelque mille communautés rurales. Dans chacune d’elle, vit une population oscillant entre 150 et 3 000 habitants. On compte actuellement, dans tout le pays, 834 systèmes de traitement d’eau pour desservir environ 850 000 ruraux, soit 80 % de la population des campagnes. Duarte estime à 500 000 $US l’investissement nécessaire pour que les mille collectivités visées puissent se doter des équipements nécessaires pour effectuer le test au sulfure d’hydrogène. Ce montant, spécifie-t-il, inclut la formation du contrôleur de l’eau dans chaque communauté.

D’après Duarte, il sera impossible d’offrir un système de traitement d’eau à toute la population rurale puisque certaines personnes sont très isolées ou dispersées. Il faudra donc, en ce cas, avoir recours à des systèmes de contrôles individuels. De plus, faut-il le rappeler, certaines communautés partagent des opinions différentes en ce qui a trait à l’hygiène de l’eau : « De l’eau qui a un goût de chlore, cela ne convient pas à tout le monde. Certains n’en voient pas l’avantage. »

Pour aider à résoudre cette barrière culturelle, le crdi finance un autre projet que supervise aussi Gabriela Castillo. Il s’agit de rapprocher deux communautés qui vivent dans les deux pôles extrêmes des Amériques, mais qui partagent la même difficulté à contrôler leur eau potable : les Cris de Split Lake, au Manitoba ( Canada ), et les Mapuches de Temuco ( Chili ), à 700 km au sud de Santiago.

Aux prises avec de sérieux problèmes de qualité d’eau potable, les Cris ont adopté, à l’occasion d’un premier projet, le contrôle au sulfure d’hydrogène. ( Santé Canada s’est fondé sur les résultats obtenus par les chercheurs pour créer un modèle d’implantation de son Programme de la qualité de l’eau potable pour les Autochtones. ) Lors d’un deuxième projet, deux membres de la bande des Cris ont passé cinq semaines chez les Mapuches pour leur transférer leur technologie et discuter avec eux des avantages d’une eau traitée. Les travaux de Temuco, coordonnés par l’ONG chilienne TRAFKIN, ont bénéficié du soutien technique d’essar, la société des eaux de la région.

Ce projet, toujours en cours, nécessite imagination et travail. La communauté mapuche de Chol-Chol, par exemple, est à ce point isolée qu’elle n’a pas l’électricité ; il est donc impossible de brancher l’incubateur, la pièce essentielle du test de sulfure d’hydrogène. La professeure Castillo est à mettre au point avec l’un des représentants mapuches, José Rain, un incubateur maison qui utilisera une ruche. La température élevée et constante de 32°C à l’intérieur de la ruche permet la culture des bactéries. Mais l’expérience en est encore à ses premiers balbutiements : « Il faut modifier la ruche de telle façon que les échantillons entreposés ne dérangent pas les abeilles et en particulier la reine », précise Castillo.

Nicolas Mesly, journaliste québécois, vit à Santiago, au Chili.

Gabriela Castillo
Departamento de ingenieria civil
Universidad de Chile
Santiago, Chili
Tél. : ( 56 2 ) 94 171
Téléc. : ( 56 2 ) 671 2799


UN RÉSEAU POUR LA QUALITÉ DE L’EAU

Depuis plus de dix ans, le crdi a mis neuf pays d’Asie, d’Afrique et des Amériques en réseau. Celui est chargé d’examiner l’emploi qu’on peut tirer de quatre tests microbiologiques, à la fois simples, abordables et fiables, pour vérifier la qualité de l’eau. Les tests du bouillon de détection et du prétraitement au sulfure d’hydrogène conviennent au contrôle de l’eau potable ; deux autres tests, celui du bouillon A-1 et du coliphage, conviennent aux sources d’eau et aux eaux de plaisance. En 1989, à la demande des Amérindiens de Split Lake ( Manitoba ) et avec l’aide des scientifiques d’Environnement Canada, débutait une phase d’expérimentation des quatre méthodes dans la communauté crie éloignée. Les résultats sont probants : des membres d’une communauté, dûment formés, peuvent restaurer la qualité de l’approvisionnement en eau. Une autre leçon s’impose : habiliter une population à se donner une eau potable développe chez elle une meilleure compréhension de la qualité de l’eau en particulier et de l’environnement en général.


Le CRDI Explore est un trimestriel publié par le Centre de recherches pour le développement international. Il a pour objectif de présenter à la communauté internationale les recherches entreprises avec l'aide financière du CRDI.
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ISSN 0315-9981 Le CRDI Explore est répertorié dans le Canadian Magazine Index.

mag@idrc.ca le 24 octobre 1995
Copyright : Le Centre de recherches pour le développement international. Source: http://www.idrc.ca/books/reports/****.html