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Le fumier, un cadeau qui fait plaisir (par Marilyn Waring)

J'ai acheté ma ferme par un bel été néo-zélandais sec et chaud. Voulant vivre une expérience exotique, certains de mes amis citadins sont venus m'y rejoindre. La durée de leur séjour était fonction de la facilité avec laquelle ils apprenaient à se rendre utiles ou encore de leur capacité de travail. Mais la saison et l'habitude de la vie urbaine ( et aussi notre désir de nous laver dans autre chose qu'un seau rempli d'eau bouillie puisée à même une auge et de manger autre chose que des grillades ) nous ramena en ville pour les fêtes de Noël et du Nouvel An.

La tradition veut qu'à cette occasion, on apporte un petit quelque chose , habituellement à manger ou à boire, ou encore un objet frivole ou inutile trouvé ou reçu à une autre occasion. Cette année-là, je n'avais rien de tel. Je n'avais pas d'argent pour acheter des cadeaux, pas de jardin encore productif, pas de poules en liberté qui pondaient des ufs. Par contre, j'étais toujours invitée en ville où le jardin était complètement desséché, ravagé par la chaleur, le vent et le manque d'eau. Ainsi, au grand désarroi des pionniers improvisés qui m'accompagnaient, j'allais, munie d'une pelle, dans l'ancienne étable d'hivernage de ma ferme, où je remplissais quelques sacs à ordures d'une odorante bouse de vache, en décomposition et infestée de vers. Je balançais le tout à l'arrière de mon vieux camion et nous partions pour la ville.

En cours de route, mes compagnons tentaient de me dissuader d'apporter un tel cadeau. Ils menaçaient de ne pas m'accompagner et voulaient s'arrêter pour acheter ce qu'ils considéraient comme des cadeaux convenables. À l'arrivée, ils quittaient vite le camion pour ne pas être associés à la surprise rutilante et odorante qui reposait dans mon véhicule.

Mes hôtes, par contre, étaient fous de joie. Ils se lançaient sur leurs bacs de compostage ou sur des seaux pour fabriquer du fumier liquide, ou encore déposaient directement sur leurs pauvres plantes le cadeau qui allait sauver leurs jardins bien-aimés. À la grande surprise de mes compagnons, ils parlaient à qui voulait l'entendre de mon superbe cadeau, bien supérieur aux présents très ordinaires qu'ils avaient reçus ce jour-là.

Neuf ans ont passé, et mes hôtes préfèrent toujours la bouse de vache. Des contenants recyclés transportent les excréments récoltés sous le plancher nervuré de mes nouvelles étables à chèvres et de mes étables d'hivernage. Ainsi, les alentours sont propres, on ne risque pas de se salir les pieds, les enclos sont nets et on y gagne en hygiène. De plus, la production est excellente. Nous en sommes tous satisfaits — voilà une pratique écologique qui garde la ferme propre et qui améliore la production, particulièrement en ce qui a trait à la nutrition et à la sécurité alimentaire.

(Sources : 1. Forum du développement du CRDI, février 1997; 2. Waring, Marilyn, 1996, Three Masquerades: Essays on Equality, Work and Human Rights, Auckland University Press et Bridget William Books, Auckland, Nouvelle-Zélande, 205 pages.)


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