Chercher Aide Page d'accueil
CRDI: Ressources: Livres: Explore
 
Emmagasiner les eaux du ciel?
Prédire les pluies
Les sols menacés
La science au service des traditions
Des paysans intéressés
Des liens à explorer



En une année, il tombe moins de 200 millimètres d'eau en moyenne.

Photo: F. de Repentigny, ACDI

Pour lutter contre la désertification :
Le captage de l'eau en Jordanie

Par une matinée venteuse, la poussière de Muwaggar, près d'Amman, rend tout uniformément beige, cachant le soleil et recouvrant d'une épaisse couche de sable les cyprès rachitiques de la station expérimentale de l'Université de la Jordanie.

Le bassin hydrographique de Muwaggar, large de 5 km et long de 15 km, est représentatif des autres régions arides et semi-arides de la Jordanie et des pays avoisinants où les précipitations annuelles sont en moyenne inférieures à 200 millimètres. Dans tout le Moyen-Orient, la désertification réduit les superficies qui pourraient servir à des fins agricoles. En même temps, la demande de nourriture augmente en même temps que s'accroît la population. S'ajoutent à cela l'afflux de réfugiés de la Palestine et le retour des travailleurs exilés au Koweit.

Emmagasiner les eaux du ciel?

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) subventionne un projet pilote à Muwaggar pour aider les Jordaniens à capter l'eau de pluie et à utiliser celle-ci de la façon la plus efficace possible pour nourrir les humains et les animaux.

Le projet cible d'abord les terrains de parcours (qui produisent du fourrage naturel) des zones arides marginales où les cultures traditionnelles sont impossibles, mais aussi les techniques d'irrigation connues mais trop chères. On veut améliorer ces grands pâturages libres, favoriser la culture céréalière et lutter contre la désertification. Celle-ci s'accélère rapidement sous la menace du surpâturage, des méthodes incorrectes de labourage et de la négligence des conducteurs de véhicules moteurs.

Le projet de captage de l'eau regroupe des scientifiques du Moyen-Orient et du Canada: l'Université de Jordanie, l'Université Concordia de Montréal, l'Université de Moncton au Nouveau-Bunswick et le Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches (ICARDA, Syrie) qui est responsable du volet socio-économique de l'enquête. L'idée de départ de ces travaux revient à Mohammad Shatanawi, directeur du Centre de recherches et d'études sur l'eau et l'environnement de l'Université de Jordanie, en collaboration avec Semaan Sarraf (autrefois de Concordia) et un étudiant de cycle supérieur.

Prédire les pluies

L'instrument principal de l'équipe, explique Jean Drolet (Concordia), est un programme informatisé appelé WHOSE (Water-Harvesting Optimization Software Environment: Environnement logiciel pour optimiser le captage de l'eau). Ce programme, que l'Université Concordia est à perfectionner, intègre la prédiction des précipitations et l'optimisation de leur usage avec les renseignements fournis par un Système d'information géographique (SIG). Grâce à un tel outil intégré, on pourra mieux capter, entreposer et utiliser l'eau des pluies; une fois complété, il pourrait être employé sur 10 à 13 pour 100 du territoire jordanien. L'Université de la Jordanie est en train de valider le volet hydrologique du programme, si important, à l'aide de données recueillies sur le terrain ces quatre dernières années. Selon le professeur Shatanawi, la version définitive sera disponible l'été prochain.

La région de Muwaggar a été choisie parce qu'on juge que son bassin hydrologique est représentatif d'une situation plus générale: la nappe phréatique y est profonde et peu abondante, les pluies, impossibles à prévoir, et les crues soudaines, courantes. Selon Michel Rahbeh, hydrologue et adjoint de recherche, la surface du sol est tellement dure que, lors des pluies, presque toute l'eau ruisselle et s'évapore.

Les sols menacés

Le sol de la région est non seulement très fragile mais il est exposé à la désertification, explique le directeur général du Centre national de recherche agricole et de transfert de technologie de la Jordanie, Awni Taimeh, qui a dirigé les recherches pédologiques. Là où la désertification est déjà entamée, toute tension additionnelle a pour effet d'accélérer la dégradation et de causer une perte permanente de productivité, ajoute-t-il.

Michel Rahbeh visite chaque semaine les instruments de mesure des précipitations et des crues comme les déversoirs et les enregistreurs de données installés par l'université. Les données recueillies, jointes aux informations sur l'utilisation des sols, sur leur capacité d'absorber et d'emmagasiner l'eau et sur le choix des cultures viables sous de telles conditions doivent permettre de construire un modèle prévoyant la quantité d'eau dont on peut disposer à des fins agricoles. On pourra aussi déterminer où et quand on doit faire usage des approvisionnements pour en tirer le plus grand profit.

Le modèle servira également à sélectionner et à mettre au point des systèmes d'emmagasinage appropriés et à choisir les meilleurs moyens d'un usage durable de l'eau. Nous voulons conseiller les agriculteurs et les décideurs, dit le professeur Shatanawi. Telle ou telle zone est bonne pour le blé, ou l'orge, ou l'amélioration des terrains de parcours, ou l'alimentation de la nappe souterraine.

La science au service des traditions

En Jordanie, ajoute le professeur, on a toujours recueilli et conservé l'eau destinée aux humains et aux animaux dans des citernes. Le projet a pour but de faire en sorte que les pratiques anciennes puissent servir, sur une plus grande échelle, à la production agricole. On veut recourir à un savoir-faire éprouvé pour mieux tirer parti des ressources naturelles.

Nous avons besoin, ajoute Jean Drolet, d'imiter et de redécouvrir la sagesse accumulée pendant des millénaires dans les régions semi-arides et de l'adapter soigneusement, avec des instruments modernes, à la situation actuelle. Il nous faut être très vigilants en pareil cas, car il serait facile, dans un milieu aussi fragile que Muwaggar, de faire plus de tort que de bien.

Des paysans intéressés

Les travaux en cours ont déjà retenu l'attention des cultivateurs; quatre d'entre eux ont construit des réservoirs. Michel Rahbeh ajoute qu'au moins deux autres ont mis en place des barrages sur de petits oueds (le wadi est un cours d'eau temporaire créé lors de pluies torrentielles) afin d'irriguer les oliviers. Comme ceux de la station expérimentale universitaire, ces réservoirs servent parfois plus d'une fois par année.

Les informations produites par ces travaux, financés par le CRDI, pourront être jumelées aux données émanant d'autres initiatives, notamment le Projet sur la productivité des zones arides de Jordanie (JAZPP). Son coordonnateur, Richard Dunham, conclut: Nous espérons pouvoir utiliser notre modèle informatisé, ou tout autre modèle semblable, pour représenter le système hydrologique de la zone de recherche, une zone qui s'étend du nord au sud de la Jordanie.

Leila Deeb, journaliste pigiste, réside à Amman en Jordanie.


Personnes ressources:

Mohammad R. Shatanawi, directeur, Water and Environment Research and Study Centre, et Michel Rahbeh, assistant de recherche, Université de la Jordanie, Amman, Jordanie; tél.: 00962-6-843-555; rés.: 846-940; téléc.: 00962-6-840-150; CÉ: juwater@amra.nicgov.jo

Awni Y. Taimeh, directeur général, National Centre for Agricultural Research and Technological Transfer, PO Box 639, Baq'a 19381, Jordanie; tél.: 00962-6-726-680; rés.: 841-779; CÉ: NCAERR@nets.com.jo

Jean Drolet, département de génie civil, Université Concordia, 1455, boulevard de Maisonneuve ouest, Montréal, QC, Canada, H3G 1M8; tél.: (514) 848-7800; CÉ: jd@civil.concordia.ca

Richard Dunham, coordonnateur, Jordan Arid Zone Productivity Project (JAZPP), faculté d'agriculture, Université de la Jordanie, Amman, Jordanie; tél.: 00962-6-843-555, postes 2580 ou 2579; téléc.: 00962-6-832-09



Des liens à explorer...

Autres articles du CRDI :
"Nouveau regard sur la désertification" - CRDI Explore, Juillet 1994
"L'Égypte rurale en quête d'un environnement durable : Quand la science se marie au savoir traditionnel", par Kirsteen MacLeod
"Grassroots Indicators for Desertification : Experience and Perspectives from Eastern and Southern Africa" ( résumé francais )
"Le point sur la désertification"
"Water Management in Africa and the Middle East : Challenges and Opportunities" ( résumé francais )
"Watershed : The Role of Rresh Water in the Israeli-Palestinian Conflict" ( en anglais )
Autres ressources : ( en anglais )
FAO Land and Water Development Division Homepage
Israel Ministry of Foreign Affairs: Combating Desertification and Desert Rehabilitation
Status of Desertification and Implementation of the United Nations Plan of Action to Combat Desertification


Le CRDI Explore est publié chaque semaine par le Centre de recherches pour le développement international du Canada. Il informe ses lecteurs du monde entier des recherches soutenues par le CRDI et présente des dossiers sur les grandes questions de développement.

Retour à l'écran d'accueil du CRDI

Retour à l'écran d'accueil Le CRDI Explore

Dernière mise à jour le 30 mai 1997. Faites parvenir vos commentaires à la rédaction du magazine Explore.



Copyright © 1997 Centre de recherches pour le développement international 

info@idrc.ca | 4 mars 1997
 

Ressources | Programme de recherche | L'institution | IDRC English