Une population à risque élevé
Pour survivre dans la pauvreté
Comment parler d'abstinence...
Un fatalisme ambiant
Des liens à explorer

Le vrai visage du sida en Ouganda:
l'infirmière (à gauche) et le patient
sont tous deux infectés par le virus mortel.
Photo: CRDI
Sida en Ouganda : Pourquoi ces comportements sexuels à
risque élevé?
Pourquoi avoir des relations sexuelles non protégées en
Ouganda? Ce pays n'a-t-il pas l'un des taux les plus élevés
d'infection par le VIH dans le monde? Selon des recherches effectuées
par le docteur Nelson Sewankambo, épidémiologiste
et doyen par intérim de l'École de médecine de l'Université
Makerere, à Kampala, cela a beaucoup à voir avec la pauvreté,
la tradition et le fatalisme.
Les gens mènent une existence compliquée, dit-il. Leurs conditions
de vie les entraînent parfois dans des situations à risque.
Et lorsque les gens sont vulnérables, ils font des choix qui peuvent
ne pas être bons pour leur santé.
Une population à risque
élevé
Le docteur Sewankambo est l'une des premières personnes à
avoir recueilli des données sur le VIH (le virus qui cause le sida)
en Ouganda. Dès 1989, le médecin a voulu savoir pourquoi
bon nombre des habitants du pays prenaient des risques en ayant des relations
sexuelles non protégées.
Grâce à des fonds octroyés par le Centre de recherches
pour le développement international (CRDI) et en collaboration avec
Dennis Willms, anthropologue médical à
l'Université McMaster, au Canada, il s'est penché sur le
cas d'un petit centre commerçant qu'il a appelé To-day
pour préserver l'anonymat de ses habitants. Cet endroit, situé
dans le district de Rakai, dans l'ouest de l'Ouganda, est à cheval
sur le grand axe routier menant de la côte du Kenya à l'Afrique
centrale. L'incidence du sida est très grande dans ce district;
dans certaines parties, près de la moitié de la population
adulte est séropositive.
Il a été établi depuis longtemps que le risque d'infection
par le VIH, en Ouganda, est très élevé chez les camionneurs
qui parcourent de longues distances, les travailleuses du sexe et les personnes
atteintes de maladies transmises sexuellement. Les chercheurs ont toutefois
mis peu de temps à constater que d'autres groupes sont encore plus
vulnérables et que les comportements sexuels à risque bien
souvent ne peuvent être évités.
Pour survivre dans la pauvreté
L'Ouganda a l'un des revenus par habitant les plus bas au monde et le strict
instinct de survie force certaines femmes à avoir des relations
sexuelles. Celles qui fabriquent et vendent de l'alcool à la maison
sont particulièrement vulnérables. Leurs clients insistent
souvent pour avoir des relations avec elles, faute de quoi ils refusent
de payer. Même le simple fait d'aller chercher de l'eau au puits
peut présenter des risques. En période de sécheresse,
les files sont longues et les hommes qui s'occupent des puits peuvent exiger
des faveurs sexuelles des jeunes filles en échange de l'accès
à l'eau.
Mais il y a une différence entre rapports sexuels et rapports sexuels
à risque. Selon le docteur Sewankambo, beaucoup d'hommes ne veulent
pas utiliser le condom, soit parce qu'ils ne croient pas aux messages qui
en préconisent l'utilisation, soit parce qu'ils ont décidé
que leur plaisir sexuel l'emportait sur les risques possibles pour la santé.
Comment parler d'abstinence...
Les coutumes locales peuvent aussi entraîner des comportements sexuels
à risque. À titre d'exemple, l'abstinence sexuelle est difficile
dans une culture où les veuves doivent épouser le frère
de leur époux décédé...
Le docteur Sewankambo espère que cette étude d'une durée
de quatre ans servira de fondement à l'élaboration de programmes
efficaces d'intervention communautaire. C'est d'ailleurs là-dessus
que portera la deuxième phase du projet. L'intervention n'est pas
qu'une affaire d'ordre purement médical, précise-t-il. Nous
devons examiner la situation des gens. Et si l'argent est au cur du problème,
alors nous devons les aider à gagner leur vie sans avoir à
prendre de risques.
Un fatalisme ambiant
Le docteur Sewankambo pense que le plus gros obstacle que doivent surmonter
les chercheurs canadiens et ougandais est l'attitude fataliste, très
répandue chez les habitants de To-day. Ils se disent: "Tout
le monde est infecté et nous allons mourir de toute façon;
on ne peut y échapper, alors à quoi bon essayer?" Comment
leur faire comprendre que, non, tous ne sont pas infectés! Ils verraient
alors leur vie et leur avenir d'une manière plus positive.
Cette question est cruciale si l'on veut que l'intervention se poursuive
une fois le projet terminé. Nous ne voulons pas partir avant d'avoir
pu changer quelque chose, dit-il. Et nous ne voulons pas imposer une solution
à la collectivité. Nous voulons au contraire qu'elle prenne
une part active au projet.
Anna Borzello est une journaliste pigiste qui vit en Ouganda.
Personnes ressources:
Dennis Willms, professeur agrégé,
département d'anthropologie et département d'épidémiologie
clinique et de biostatistiques, Université McMaster, 1200, rue Main
ouest, Hamilton, ON, Canada, L8N 3Z5; tél.: (905) 525-9140, poste
23166 ou 23917; téléc.: (905) 546-5211 ou (519) 893-4438;
CÉ: dwillms@fhs.csu.mcmaster.ca
Nelson Sewankambo, doyen par intérim,
École médicale, Université Makerere, P.O. Box 7062,
Kampala, Ouganda; tél.: (256-41) 530-023; téléc.:
(256-41) 530-022; CÉ: nsewankambo@uga.healthnet.org
Des liens à explorer...
- Autres articles du CRDI :
- "Les
maladies infectieuses ... et planétaires", par John Eberlee
- "Le
sida en radio-feuilleton pour des villageois de la Thaïlande",
par Kevin Conway
- "Le
sida : Point de non-retour", par Jim Beatty
- "Séropositivité
: Un test transfrontière", par John Eberlee
- "Solution
de rechange pour les prostituées Thaïlandaises", par
Daniel Girard
- Autres ressources : ( en anglais )
- HIV/AIDS World
Situation: maps and charts
- UNAIDS: The Joint United Nations Programme
on HIV/AIDS
- World Health
Organization: HIV/AIDS Surveillance
- WHO Office
of HIV/AIDS and Sexually Transmitted Diseases (ASD)
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