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Les logis surpeuplés à Hanoi
Les bidonvilles d'Ho Chi Minh-Ville
Des recommandations concrètes
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Hanoi. L'architecture coloniale présente
un indéniable intérêt patrimonial et touristique.

Pour mieux loger les pauvres de Hanoi et de Ho Chi Minh-Ville

Les pays qui passent d'une économie planifiée à une économie de marché font tous une même douloureuse expérience, celle de la paupérisation de millions de citoyens. Le changement profite dans l'immédiat aux élites, mais souvent aux dépens des groupes sociaux les plus pauvres, à la ville comme à la campagne.

C'est le cas du Viet Nam. Les conditions de vie de millions de pensionnés de l'État et d'employés des entreprises publiques se sont dégradées depuis 1986 à la suite de la restructuration économique, des compressions des dépenses dans les services sociaux et de la privatisation des entreprises publiques qui, les unes et les autres, accompagnent la nouvelle politique d'ouverture nationale au capital étranger (dite doi moi).

La question [pour l'équipe du projet] n'était pas de savoir qui était pauvre au Viet Nam, mais bien d'identifier ceux et celles qui s'appauvrissaient le plus rapidement, commente René Parenteau, professeur à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. Le professeur Parenteau vient de terminer, en collaboration avec quatre institutions vietnamiennes, une recherche qui se voulait exhaustive sur la pauvreté urbaine à Hanoi et à Ho Chi Minh-Ville (ex-Saigon). Un ouvrage inspiré par les travaux des chercheurs et justement intitulé La pauvreté urbaine au Viet Nam sera publié en août prochain. Coédité par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et la maison française d'édition Karthala, le livre sera ultérieurement traduit en anglais.

De ville en ville

Sous l'égide du CRDI et de l'Université de Montréal, des spécialistes des écoles d'architecture de Hanoi et de Ho Chi Minh-Ville, de l'Institut de planification rurale et urbaine ainsi que du Centre national des sciences sociales et humaines du Viet Nam ont lancé leurs recherches en visitant quatre grandes métropoles de l'Asie : Manille, Singapour, Jakarta et Bangkok. Ces chercheurs devaient d'abord comprendre ce qui se passait à l'extérieur de leur pays, explique René Parenteau qui s'est lui-même rendu une quarantaine de fois au Viet Nam. Ils ont donc visité différents sites urbains et ils ont échangé avec des responsables d'ONG et avec des gestionnaires gouvernementaux de façon à tirer parti des diverses expériences menées dans le domaine du logement public.

De retour au Viet Nam, l'équipe se devait d'évaluer la nature réelle du milieu urbain qu'elle se proposait d'améliorer. Mais la tâche était d'autant plus difficile que les chercheurs ne disposaient pratiquement pas de données recueillies sur le terrain. Ils ont donc commencé par isoler neuf îlots représentatifs tant à Hanoi qu'à Ho Chi Minh-Ville.

Les résultats ont surpris les spécialistes vietnamiens eux-mêmes quand ils ont découvert que les 1,158 ménages interrogés comptaient exactement 20,844 personnes. Une moyenne de 18 membres pour un ménage!

Les logis surpeuplés à Hanoi

À Hanoi, la collecte des informations s'est faite dans les vieux quartiers du centre de la ville où les immeubles ont été transformés en logements collectifs dans les années 1950. Première constatation : dans ces logis surpeuplés, la superficie allouée à une personne ne dépasse pas les deux mètres carrés (l'une des plus faibles du monde). L'espace intérieur est organisé en fonction du groupe et non des individus. Il faut parfois traverser deux pièces habitées par deux familles différentes pour se rendre à la cuisine commune, raconte l'urbaniste montréalais qui estime qu'il est toutefois possible de réaménager les aires intérieures afin d'assurer à chacun davantage d'espace vital.

Autre problème, celui des installations sanitaires à peu près inexistantes. Architectes et urbanistes ont donc planché sur leur table à dessin et proposé d'ajouter un espace spécial à l'arrière des bâtiments. En permettant le passage de la tuyauterie nécessaire, cette solution a l'avantage de ne pas endommager les murs porteurs. On préserve aussi le cachet architectural des vieux immeubles coloniaux et leur intérêt touristique.

Les bidonvilles d'Ho Chi Minh-Ville

Les chercheurs ont amassé une multitude de données sur les conditions de logement dans les bidonvilles de l'ex-Saigon. Ils ont aussi évalué les politiques municipales de réhabilitation de ces secteurs surtout habités par une bonne part d'illégaux qui, sans autorisation, ont quitté les zones rurales. Évoquant sa politique traditionnelle d'expulsion et de relocalisation à la campagne, le gouvernement a délesté la ville de deux millions de ses habitants depuis 1975. Allant à l'encontre de cette politique, l'équipe du projet a recommandé aux responsables municipaux le maintien sur place de ces populations. L'urbaniste Parenteau est clair : On a observé que toutes les populations relocalisées subissaient des impacts négatifs majeurs comme la perte de leur emploi et l'effritement du tissu social. Ces gens participent à l'économie de la Ville et sont un atout. Pas une charge!

Des recommandations concrètes

Les spécialistes de l'Institut de planification rurale et urbaine ont étudié en profondeur un projet de loi vietnamienne sur le développement urbain, analysant du même souffle les politiques nationales actuelles d'habitation. Leurs recommandations mettent en évidence les problèmes de logement des plus pauvres, notamment les veuves, les blessés de guerre et les illégaux (ils sont 300,000 jeunes ruraux qui, chaque année, viennent chercher de l'emploi à Hanoi). Il y a aussi d'anciens fonctionnaires et travailleurs des usines et des coopératives de l'État qui, en voyant disparaître leur emploi, perdent le droit d'habiter un logement collectif. Enfin, mentionnons les femmes à la tête de familles monoparentales et les rapatriés de l'Europe de l'Est que le Viet Nam avait envoyés là-bas pour rembourser sa dette de guerre envers les peuples frères de l'ex-empire soviétique.

L'impact du projet, c'est que les chercheurs vietnamiens ont proposé au ministère de la Construction une série de modifications à la Loi sur le logement, conclut René Parenteau. Il y a par exemple un appui à la politique des ONG présentes sur le terrain, la création d'une banque pour les pauvres urbains et toute une série de projets ciblés pour les plus pauvres d'entre les pauvres. Il y a même une chaîne d'hôtels pour les jeunes errants.

André Lachance réside à Montréal.


Personnes-ressources:

Dang To Tuan, Université d'architecture de Hanoi, Nguyen Trai, Tran Xuan, Hanoi, Viet Nam; tél. : 844-854-1616

Tran Khang, Université d'architecture de Ho Chi Minh-Ville, 196, rue Pasteur, District #3, Ho Chi Minh-Ville, Viet Nam; tél. : 844-822-2748

René Parenteau, Institut d'urbanisme, Université de Montréal, C.P. 6128, succursale Centre-Ville, Montréal (Québec), Canada, H3C 3J7; tél. : (514) 343-6495 ; téléc. : (514) 343-2338 ; CÉ : parenteau@ere.umontreal.ca



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"Les taudis urbains au Viet Nam", par Daniel Girard
"L'économie vietnamienne en transition", par Jennifer Pepall
Impacts micros des politiques macro-économiques et d'ajustement
Page d'accueil - Développement social
"Social Sector Decentralization : The Case of Vietnam" ( en anglais )
Autres ressources :
"An Overview of the Housing and Urban Development Sector in Vietnam" ( en anglais )
"Hanoi Keeping Close Eye on Development" ( en anglais )


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