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Cause majeure de cécité Une technologie douce Le prix de la santé Des liens à explorer ![]() Prévenir la cécité avec de l'ultrariz, un riz enrichi de vitamine A À l'automne de 1996, on pouvait entendre ronronner dans la campagne du district de Kupang, en Indonésie, de petits malaxeurs à béton. Leur production n'était nullement destinée à jeter les fondations d'une nouvelle maison. On avait recours à cette machinerie pour produire l'ultrariz ou, mieux, ce que les mères indonésiennes appellent beras vitA (beras pour riz et vitA, tout à la fois pour vie et pour vitamine A). Cette nouvelle denrée alimentaire enrichie, qui est mélangée à des riz commerciaux appréciés dans la région, doit améliorer la santé des habitants. Les essais sur le terrain avaient été confiés à une ONG, Program for Appropriate Technology in Health (PATH ou Programme pour les technologies appropriées en santé) et à l'Initiative pour les micronutriments (IM) dont les bureaux sont situés au Centre de recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa. Les chercheurs espèrent que les collectivités des régions où les maladies liées à une carence en vitamine A sont communes profiteront de cette percée technologique dans le secteur de la santé. La plus grave conséquence de cette déficience — qui peut entraîner la mort — est certes la perte de la vue. Selon l'Organisation mondiale de la santé, 23 pays sont jugés à risque en ce domaine; les plus exposés d'entre eux sont le Bangladesh, l'Inde, l'Indonésie, le Népal et les Philippines. Si ces populations avaient accès à une dose suffisante de vitamine A, on éviterait, en une seule année, les 2,5 millions de décès et le demi-million de cas de cécité qu'entraîne la déficience en vitamine A. Pallier une carence vitaminique Bien qu'on puisse trouver dans presque tous les pays du monde la pilule vitaminique, certaines populations considèrent qu'elle est destinée aux seules personnes malades ou qu'elle est trop chère. Il fallait trouver un autre moyen. Pour la plupart des collectivités frappées par cette déficience en vitamine A, le riz est un mets quotidien. La technologie de l'ultrariz, explique Mahshid Lotfi, spécialiste principal en programme de l'IM, permet d'offrir aux populations à risque, de la manière la plus naturelle qui soit, la quantité de vitamine A dont elles ont besoin. Pour cela, on introduit le micronutriment dans les aliments qui font partie du menu habituel. On n'a pas alors à modifier les habitudes des gens ni leur régime alimentaire. On ne fait rien de toutes ces choses qui se sont avérées de tout temps très difficiles à faire passer et plus encore à poursuivre à long terme. La carence en vitamine A est la cause majeure de cécité sur l'île de Java, la plus populeuse des îles indonésiennes. On relève au moins 20 pour cent de malades parmi les enfants d'âge préscolaire. Dans certains villages, il existe jusqu'à 7 pour cent de cas d'une maladie évolutive de l'il, la xérophtalmie, liée à une carence en vitamine A qui provoque l'assèchement de la cornée. Même au sein des communautés qui ne connaissent pas de cas graves, l'avitaminose A peut entraîner des complications pour la santé. À la suite de recherches intensives et d'essais sur le terrain, Le PATH a proposé de recourir à de petits mélangeurs à béton pour produire du riz enrichi. L'ultrariz, comme on l'appelle, ressemble à s'y méprendre à du riz. Mis au point avec le soutien de l'IM, il est produit avec une poudre de riz mélangée à de la vitamine A, à des substances agglutinantes et à des agents stabilisateurs qui permettent à la pâte ainsi obtenue de résister à la chaleur et à l'humidité tropicales. Des grains de riz sont ensuite fabriqués au moyen d'appareils semblables à ceux utilisés dans l'industrie des pâtes. On parvient ainsi à imiter n'importe quel grain de riz sur le marché mondial. Les nouveaux grains sont ensuite incorporer à du riz naturel selon des proportions qui varient en fonction de la consommation locale et du degré de déficience d'une population donnée, soit de 1:200 (0,5%) ou de 1:100 (1%). Les chercheurs ont organisé, en 1994, des séances de dégustation du mélange obtenu. Certains Indonésiens ont pu identifier le beras VitA lorsqu'un fort pourcentage d'ultrariz était présent dans leur assiette. Mais, de façon plus générale, les consommateurs ont plutôt noté les différences entre les variétés locales de riz. Au cours d'autres essais l'an dernier, des parents ont vite saisi toute l'importance du beras vitA, commente Lotfi. Les mères de famille du district de Kupang, qui avaient bien remarqué des grains de riz légèrement plus blancs que les autres, ont compris que le micronutriment serai bénéfique pour leurs enfants. Elles acceptaient aussi de payer un prix un peu plus élevé pour l'obtenir. Le prix à payer? Si on ne veut pas que l'ultrariz soit rejeté, son coût ne doit pas dépasser celui du riz régulier dans ce pays dont le gouvernement contrôle le prix de cette denrée. Il faut rappeler que les enfants qui ont le plus grand besoin de la vitamine A appartiennent souvent à des familles à faibles revenus. Le prix joue donc un rôle majeur, conclut Lotfi: Pour tout Indonésien, le riz n'est pas uniquement un produit comestible; il est une affaire politique d'importance. Vous ne pouvez pas faire ce que voulez en ce domaine: le pays entier vit de riz. Les pays du Nord connaissent depuis longtemps les aliments enrichis. On y ajoute régulièrement des micronutriments dans le lait, les céréales du petit déjeuner, les jus de fruit et même le sel. Un tel traitement des aliments n'est pas habituel au Sud, à une exception près, le sel iodé qui se répand de plus en plus dans les pays en développement. Mahshid Lotfi espère que l'IM et le PATH pourront accroître la consommation de l'ultrariz et d'autres aliments enrichis parmi les populations en développement. C'est dans ce but que les deux organismes se sont entendus, en 1996, pour que le PATH ait accès à tous les brevets nécessaires pour la production de l'ultrariz, facilitant ainsi le transfert de la technologie vers les pays intéressés. Keane Shore est un rédacteur d'Ottawa. Personnes ressources: Mahshid Lotfi, principal spécialiste en programme, Initiative pour les micronutriments (IM), Ottawa, ON, Canada; tél.: (613) 236-6163, poste 2482; téléc.: (613) 236-9579; c. électr.: mlotfi@idrc.ca. Program for Appropriate Technology in Health (PATH Canada), 170, avenue Laurier ouest, pièce 902, Ottawa, ON, Canada, K1P 5V5; (613) 233-0623; téléc.:(613) 230-8401. Des liens à explorer...
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