| crdi accueil : Cultiver la paix: Chapitre 5 : Analyse des intervenants et gestion des conflits | chercher | aide | accueil |
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Concept : la sociétéAnalyse des intervenants et gestion des conflitsRicardo Ramírez Le présent chapitre vise à faciliter la gestion communautaire des ressources naturelles grâce à un cadre danalyse qui fera comprendre deux thèmes étroitement apparentés : lanalyse des intervenants et la gestion des conflits. Nous parlerons brièvement de lorigine et de la signification des termes dintervenant et danalyse des intervenants et nous proposerons un cadre conceptuel comme modèle pour rapprocher deux situations courantes : celle dans laquelle les intervenants ont atteint un consensus suffisant sur une certaine question pour pouvoir collaborer, et toutes les situations stressantes où le conflit est réel et où les intervenants ne sont pas toujours convaincus quils ont intérêt à prendre les décisions en commun et à négocier. Nous énoncerons également quelques principes généraux essentiels de la négociation entre intervenants, cest-à-dire la voix ( la participation ) et la justice en matière de procédure ( accord sur léquité des règles de collaboration ). Intervenants et analyse des intervenantsOrigines et définitionsLe mot stakeholder ( traduit ici par intervenant ) a été entendu pour la première fois en 1708 dans le sens de « dépositaire de lenjeu dun pari ». Selon sa définition actuelle, « a person with an interest or concern in something » ( Bisset, communication personnelle, 1998 ), cest une personne qui sintéresse à une affaire ou y a des intérêts. La définition de Freeman ( 1984, page vi ), à savoir « any group or individual who can affect, or is affected by, the achievement of a corporations purpose », parle de groupes ou de personnes pouvant influencer la réalisation des objectifs dune société ou être influencés par elle. Dans le contexte de la gestion des ressources naturelles, cependant, Röling et Wagemakers ( 1998, page 7 ) donnent une définition plus adaptée, qui présente les intervenants comme étant des utilisateurs et des gestionnaires de ressources naturelles. Dans le langage courant, dautres termes sont parfois employés indifféremment à la place dintervenant, mais avec des connotations légèrement différentes. Par exemple, les analystes de systèmes parlent d« acteurs », qui sont pour eux des personnes accomplissant une ou plusieurs activités au sein du système ( Checkland, 1981, page 312 ) ; les sociologues utilisent le terme d« acteurs sociaux », personnes ou entités sociales capables et bien informées ( Long, 1992 ) qui sont, par conséquent, en mesure de formuler et de défendre des décisions ( Hindess, 1986 ). Un article paru récemment ( Mitchell et coll., 1997 ) donne 27 définitions du terme « stakeholder » selon lusage qui en est fait dans la littérature sur les affaires et on en a proposé encore bien plus dans les domaines de la gestion des ressources naturelles. Ce qui nous intéresse ici, cest que ce terme ( et léquivalent français dintervenant ) au sens moderne ne désigne pas seulement des personnes ou des particuliers, mais aussi des groupes et des organisations qui ont des intérêts dans un système ou y prennent une part active. Par « analyse des intervenants », on entend toute une série doutils permettant de trouver et de décrire les intervenants en se fondant sur leurs caractères qualitatifs, leurs relations mutuelles et leurs intérêts à légard dune question ou dune ressource donnée. Le terme recouvre plusieurs domaines détude, y compris ceux de la gestion dentreprise, des relations internationales, de lélaboration des politiques, de la recherche active, de lécologie et de la gestion des ressources naturelles. Il est plutôt vague du fait quil est souvent employé dans un sens général sans aucune précision sur le contexte. Pour en clarifier le sens, il est utile de se demander à quoi sert une analyse des intervenants. Il y a plusieurs raisons dy procéder ( Grimble et Wellard, 1996 ; Engel, 1997 ; Röling et Wagemakers, 1998 ) :
On peut dire que cest un moyen de comprendre un système en identifiant les acteurs clés ou les intervenants et en évaluant leurs intérêts respectifs à légard de ce système ( Grimble et coll., 1995, pages 34 ). Cette définition est utile en ce sens quelle présente lanalyse des intervenants comme une technique de gestion des ressources naturelles et quelle reconnaît ses limites on ne peut sattendre à ce que cette analyse règle tous les problèmes ou garantisse une bonne représentation ( Grimble et Wellard, 1996 ). Grimble et Wellard ( 1996 ) insistent sur lutilité que peut avoir lanalyse des intervenants pour comprendre les problèmes dus à la complexité des questions en jeu et à lincompatibilité entre les objectifs et les intervenants. Tout comme eux, Freeman et Gilbert ( 1987 ) proposent le concept de « stakeholder management », de gestion des intervenants, pour aider les gestionnaires à comprendre le monde agité et complexe du commerce. On associe donc souvent le terme de « stakeholder » à la gestion des affaires. Lune des hypothèses essentielles de Freeman est que le gestionnaire est apte à gérer les relations avec les intervenants. Elle est difficile à transposer dans dautres domaines, tels que la gestion des ressources naturelles, où le pouvoir de contrôle sur le système est au cur de nombreux débats. Nous devons à Burgoyne ( 1994 ) une description complète de lanalyse des intervenants en tant que méthode qualitative de létude des organisations. Grimble et Wellard ( 1996 ) remontent à plusieurs autres origines, y compris léconomie politique, cest-à-dire la notion du rapprochement de nombreuses préférences individuelles par la mise en uvre danalyses coûts-avantages. Lanalyse des intervenants dérive aussi de méthodes actives de conception de projets, telles que lévaluation accélérée des projets ruraux ( EAPR ) et lévaluation participative en milieu rural ( EPMR ), qui cherchent à intégrer les intérêts et les points de vue de groupes défavorisés et moins puissants ( Pretty et coll., 1995 ; Chambers, 1997 ). La question de savoir qui est un intervenant et dans quelles circonstances ses opinions ou connaissances ont de limportance est courante tant dans la littérature de la recherche active que dans celle des affaires ; dans lun et lautre cas, le pouvoir est décrit comme étant un attribut essentiel de la connaissance ( Chambers, 1997 ; Mitchell et coll., 1997 ). De plus, lanalyse des intervenants est également un thème essentiel de la gestion des conflits et du règlement des différends et elle plonge de profondes racines dans la sociologie du développement au chapitre des acteurs sociaux ( Long, 1992 ). Analyse des intervenants : étapes et outilsLanalyse des intervenants vise à différencier et à étudier les intervenants sur la base de leurs caractères qualitatifs et des critères adoptés par lanalyste ou le responsable ( le rassembleur ) en fonction de la situation. Parmi ces critères, on peut citer les suivants :
Par exemple, dans lévaluation des conflits, on sattend à trouver quatre types dintervenants : ceux qui réclament une protection juridique, ceux qui ont « le bras long » en politique, ceux qui ont le pouvoir de bloquer la négociation des accords et ceux qui bénéficient de lappui du public pour des raisons morales ( Susskind et Cruikshank, 1987 ). Il sensuit que dans la littérature de la gestion des ressources naturelles nous trouvons des séries de termes telles que les suivantes :
Bien que la différenciation entre les intervenants soit une étape nécessaire de leur analyse, la distinction est souvent fondée sur des critères qualitatifs difficiles à généraliser. Dans cette analyse, on se sert couramment de matrices dans lesquelles les groupes dintervenants apparaissent sur un axe et la liste de critères ou de caractères qualitatifs sur lautre. Pour chaque zone de chevauchement, on donne une description qualitative ou une cote quantitative ( voir lannexe 1 ). Grimble et coll., ( 1995, page 7 ) présentent une liste flexible détapes à suivre dans une analyse des intervenants :
Il y a trois grandes phases : définir le problème, analyser les contraintes et les possibilités, et se mettre daccord sur un plan daction. Ces phases sont communes à plusieurs méthodes cherchant à entraîner les intervenants multiples dans une analyse et une action conjointes en matière de gestion de ressources naturelles :
Logiquement, la question qui se pose est la suivante : Qui décide de lobjet de lanalyse et qui compte le plus ? En dautres mots, qui est un intervenant ? La question porte finalement sur les relations à la fois entre lintervenant et le problème et entre lintervenant et lanalyste ou le responsable ( le rassembleur ). Pour ce dernier, il sagit davoir le pouvoir, la légitimité ou les ressources de rassembler dautres personnes, le pouvoir de choisir les critères dacceptation ou dexclusion des intervenants, et le pouvoir de définir la raison ou le thème de lanalyse ( Grimble et Wellard, 1996 ). Quant aux intervenants, ils doivent se faire remarquer ou avoir une « voix », ce qui est déjà le résultat de caractères qualitatifs tels que le pouvoir, la légitimité et lurgence invoquée ( Mitchell et coll., 1997 ). Pour les gestionnaires dorganisations, la question du pouvoir est souvent tenue pour acquise : lorganisation décide de ce quest la situation problématique et à qui sera accordé le statut dintervenant. Dans la gestion des ressources naturelles, cependant, le recours au pouvoir de convocation et de choix des intervenants peut ne pas faire laffaire de tous. En outre, sauf sil y a accord sur les limites dun problème de ressources, les paramètres ne sont pas toujours suffisants pour que lon puisse décider qui sont les intervenants dun système. En fait, selon toute probabilité, les intervenants ne forment pas un système sauf sils acceptent expressément de se considérer comme appartenant à un tel système ( Röling et Jiggins, 1998 ). Pour que cela se produise, ils doivent obligatoirement se mettre daccord sur un problème, cest-à-dire un problème conceptualisé par eux-mêmes ( Trist, 1983 ). Les intervenants font partie dune stratégie de gestion, concept arbitraire qui nexiste que dans la mesure où les gens peuvent décider dun commun accord quels en sont les objectifs, les limites, les membres et lutilité ( Röling et Wagemakers, 1998 ). Normalement, les outils de lanalyse des intervenants sont plutôt simples : ce sont des matrices ou des listes de critères ou de caractères qualitatifs. Mais ce qui reste une tâche complexe, difficile et en perpétuelle évolution, cest de trouver une définition unanimement acceptée pour la question ou la situation problématique, den cerner les limites et didentifier les intervenants. Cadre conceptuelLe cadre conceptuel en tant que fil dinvestigationLe cadre conceptuel présenté ci-dessous ( figure 1 ) est fondé sur plusieurs propositions et accompagné dexemples. Il est destiné à orienter lenquête et il a pour but daider les lecteurs à se rendre compte de la situation dans laquelle ils vivent et à comparer celle-ci à dautres situations où interagissent des intervenants multiples. Le cadre est fait de propositions puisées dans la littérature de nombreux domaines détude, entre autres la gestion des organisations, les systèmes de connaissances et la réflexion systémique ( systems thinking ) ; la théorie de la prégnance de lattitude des intervenants ; la sociologie du développement ; la négociation et les conflits sociaux ; la gestion des ressources « communes » et des ressources naturelles ; le développement durable et lagriculture régénératrice ; léducation des adultes et la communication ; lélaboration interactive de politiques ainsi que lapprentissage organisationnel.
La première série de propositions ( 1 à 5 comprise ) se rapporte plus particulièrement aux situations où il ny a pas de crise mais où lune des parties cherche à comprendre la dynamique dune question de gestion dune ressource naturelle ou à intervenir. Les propositions 6 à 9 concernent plus spécialement le comportement adopté dans lélaboration de politiques par des groupes qui font face à des conflits sociaux. Presque toutes les propositions sont reliées les unes aux autres, si bien que lon peut commencer à lire le cadre conceptuel de la figure 1 à partir de nimporte où. Les études de cas du présent ouvrage servent dexemples pour tester les propositions, et le cadre lui-même sert dinstrument pour explorer les études de cas. Proposition 1 : Lanalyse des intervenants doit aborder trois dimensions reliées entre elles : la nature du problème, ses limites et ceux qui « reconnaissent le problème comme étant le leur »Cette proposition est lune des plus difficiles à comprendre à cause de laction réciproque apparemment sans fin de ces trois dimensions. Les sphères dans lesquelles se produit cette action réciproque sont nombreuses ; elles sont dynamiques, complexes et sujettes à beaucoup dinterprétations. Il est donc nécessaire de discuter brièvement du contexte global dans lequel naissent les situations à intervenants multiples. Dune part, il y a une tendance mondiale vers une plus grande décentralisation du pouvoir, qui passe des organismes de lÉtat aux administrations locales ; la preuve en est que ces dernières se voient transférer de plus en plus de responsabilités et que les organisations de la société civile gagnent en nombre et en importance. Dautre part, linvestissement ainsi que la mondialisation de léconomie et de linformation font que le pouvoir de décision est concentré entre les mains de sociétés multinationales, autour de centres financiers de pouvoir et dans des accords commerciaux multilatéraux. La littérature est riche en débats sur les conséquences négatives et les débouchés prometteurs auxquels peuvent sattendre divers secteurs sous leffet de la décentralisation et des forces de la mondialisation ( Kooiman, 1993 ; Hirst, 1997 ). La conciliation de ces opinions divergentes sort des limites de notre document, mais nous devons évoquer ici la complexité et le dynamisme de ces sphères pour pouvoir situer la présente proposition dans un monde réel et controversé. Bien que la tendance mondiale vers la décentralisation soit récente, la notion de pluralisme qui laccompagne souvent ne lest pas. Le pluralisme a pris naissance dans la théorie et la philosophie politiques ( Kekes, 1993 ; Rescher, 1993 ; Hirst, 1997 ). En termes simples, on peut dire que le pluralisme est un système qui reconnaît les situations à intervenants multiples. Mais les interprétations des diverses ramifications philosophiques, politiques ou sociologiques du pluralisme sont extrêmement différentes. La question de savoir si le pluralisme est « une position mitoyenne glissante » entre le relativisme et le monisme ( labsolutisme ) ( Kekes, 1993 ; Daniels et Walker, 1997 ) fait lobjet dun vaste débat. En sylviculture et dans le développement rural, on parle de pluralisme lorsque plusieurs groupes autonomes et indépendants ayant des valeurs, des perceptions et des objectifs fondamentalement différents demandent à jouer un rôle dans la prise de décisions sur la gestion des ressources naturelles ( Anderson et coll., 1998 ). La réflexion systémique constitue une façon complémentaire de sinformer sur des situations complexes du fait quelle permet danalyser systématiquement la nature de la relation entre les intervenants et lobjet de létude. Selon Flood et Jackson ( 1991, page 5 ), un système se compose dun certain nombre déléments ainsi que des relations existant entre eux. Lun des dérivés de la réflexion systémique est la méthode systémique douce ( soft systems methodology ). Cette technique suit une série détapes pour étudier la nature dun problème, ses limites et les acteurs qui sont touchés par le problème ou le reconnaissent comme étant le leur ( Checkland, 1981 ; Naughton, 1984 ; Checkland et Schöles, 1990 ). Elle admet que les différentes dimensions sont reliées entre elles du fait que la nature dun problème est influencée par les caractéristiques des limites. Ces limites déterminent quels sont les acteurs impliqués, lesquels, à leur tour, ont des opinions sur les caractères qualitatifs des limites. Chaque dimension modifie les autres. La réflexion systémique est utile dans la recherche interdisciplinaire ( Ackoff, 1969 ). Quand on définit mal les limites dune question, on donne naissance à des conflits qui, à leur tour, dégénèrent en désaccords sur ce que lon doit entendre par intervenant. À Matagalpa, au Nicaragua, des collectivités habitant en aval pensent que lon devrait forcer celles en amont à gérer et à protéger plus soigneusement les sources dont les unes et les autres dépendent pour leur approvisionnement en eau potable ( Vernooy et Ashby, le présent ouvrage ). Elles nont toutefois pas la même notion de ce quest un bassin hydrographique en tant quunité de gestion. En dautres endroits de ce bassin, le statut légal des terres remises aux fermiers pendant la révolution est contesté par les anciens propriétaires. Chaque partie refuse de reconnaître que lautre en est le légitime propriétaire. Ces désaccords quant aux limites dun problème et à la question de savoir à qui il est imputable peuvent mener à une spirale de conflits, qui devient de plus en plus difficile à gérer ( Carpenter et Kennedy, 1988 ). Au cur de tels conflits, il y a des désaccords sur les trois dimensions de cette proposition. Qui faut-il considérer comme un intervenant ? Quel est le problème ? Quelles sont les limites ? Il ny a pas de réponses simples parce que les interactions sont nombreuses. Cette proposition donne à penser que la réflexion systémique et les méthodes systémiques douces sont des moyens pertinents détudier les cas complexes et que les institutions et les règles dont ces derniers relèvent ont besoin dévoluer vers des façons plus souples, tolérantes et adaptables de traiter les situations où il faut tout dabord définir les intervenants, les limites et le problème. Dans un contexte aussi conflictuel que celui du Honduras, elle sert de lentille pour examiner toutes les dimensions du problème. Proposition 2 : La probabilité quun intervenant soit remarqué et mis à contribution dépend de plusieurs caractères qualitatifs, dont le pouvoir, lurgence et la légitimitéDaprès la « théorie de lidentification et de la prégnance des intervenants » énoncée par Mitchell et coll. ( 1997 ), les intervenants peuvent présenter divers caractères qualitatifs, dont trois méritent une attention particulière :
En se fondant sur ces caractères, la théorie propose une typologie des intervenants « auxquels toute direction devrait porter attention » ( Mitchell et coll., 1997 ). Cela veut dire que les intervenants qui présentent au moins deux caractères qualitatifs sont susceptibles dêtre remarqués et dêtre mis à contribution ; ceux qui nen possèdent aucun passeront généralement inaperçus. Dans le contexte de cette étude, nous parlerons plutôt de la « question » ou du « problème » que de l« entreprise ». Lorsque les groupes locaux nont pas assez de pouvoir et de légitimité aux yeux des autorités publiques, ils risquent dêtre incapables dintervenir, voire de profiter de nouvelles lois rédigées expressément pour leur déléguer des pouvoirs. Dautres groupes peuvent devoir alors agir à leur place. Au Laos, le Décret sur la gestion des forêts et des terrains forestiers soutenait la gestion communautaire des ressources naturelles ( Hirsch et coll., le présent ouvrage ). Toutefois, à lextérieur de zones-témoins limitées, la mise en application du décret découlait essentiellement de la diffusion de ce dernier à léchelle du district ; la responsabilité était ensuite transférée aux différents villages par la voie dun court message transmis de vive voix ou par écrit. Par conséquent, lapplication du décret dépendait principalement de la débrouillardise et de la compétence du personnel du district, et non de la capacité des bénéficiaires den faire la demande. Si les bénéficiaires avaient eu un certain pouvoir ou une certaine légitimité, et si leurs demandes avaient été quelque peu urgentes, ils auraient été moins à la merci demployés de district, si bien intentionnés soient-ils. Le pouvoir demeure un caractère qualitatif névralgique, conclusion qui rejoint directement la première proposition : dans les cas où le pouvoir repose entre les mains dune élite, lidentification des intervenants et la définition des limites et des problèmes sont susceptibles dêtre faussées et de donner lieu à de la manipulation. Le pouvoir est un thème récurrent qui accompagne bon nombre des propositions énoncées dans ce volume et mérite quon sy attarde. « Le pouvoir, cest ce qui permet datteindre des résultats [ ... ] Ce nest pas, en soi, un obstacle à la liberté ou à lémancipation, mais son véhicule même [ ... ] Sil y a pouvoir, cest quil existe des structures de domination par où il sexerce » [ Traduction ] ( Giddens, 1984, p. 257 ). Lorsquon parle de pouvoir, on pense à lutte, à négociation et à compromis ; la compréhension du pouvoir exige aussi la capacité personnelle de percevoir ce dont on peut tirer avantage, et cest dans le contexte des réseaux sociaux que le tout prend forme ( Villarreal, 1992 ). Autrement dit, la dynamique du pouvoir est fluide et complexe. Pris dans un sens large, le pouvoir se manifeste en quatre « modes » : 1 ) le pouvoir attribué à une personne délégation de pouvoirs ; 2 ) la capacité dune personne dimposer sa volonté à une autre, dans une action sociale ou dans ses relations interpersonnelles ( au sens où lont utilisé Mitchell et coll., 1997 ), ce que lon appelle aussi « influence » ( ODA, 1995 ) ; 3 ) le pouvoir « tactique » ou « organisationnel » qui détermine le cadre de toute interaction ; et 4 ) le « pouvoir structurel », qui est fondé sur la notion de pouvoir de Michel Foucault ( 1984, p. 428 ), quil définit comme étant la capacité de structurer le champ daction éventuel des autres. Cette quatrième notion renvoie au pouvoir de gouverner. « Le pouvoir structurel façonne le champ daction social de manière à rendre possibles certains types de comportements, tout en faisant en sorte que dautres soient moins possibles ou impossibles » [ Traduction ] ( Wolf, 1990, p. 587 ). Cest par une mesure dinitiative gouvernementale quon a introduit le principe de gestion collective de la forêt ( GCF ) en Inde, dans le but de forger un partenariat entre le ministère des Forêts et les collectivités locales ( Kant et Cooke, le présent ouvrage ). Selon ce principe, les collectivités partagent à la fois les responsabilités et les produits liés à ce régime. Lorsque des comités responsables de la forêt du village et des comités de protection de la forêt du village ont été formés, les représentants du ministère des Forêts nont pas informé les collectivités quelles auraient droit aussi à une partie de la récolte finale de bois. Ils ont plutôt insisté sur les futures pénuries de produits forestiers. Les représentants du Ministère exerçaient un pouvoir tactique, en ceci quils maîtrisaient le gros de linformation diffusée dans les collectivités, ce qui témoigne de leur réticence à renoncer à leur mainmise sur leurs interactions avec les villageois. Par exemple, aucun protocole na été rédigé pour préciser les détails de lentente prise entre le ministère des Forêts et les comités responsables de la forêt et les comités de protection de la forêt du village, en grande partie parce que les représentants du Ministère voulaient continuer de ne pas avoir à rendre de comptes. La GCF aurait entraîné une utilisation plus démocratique des forêts de propriété commune, mais le projet a piétiné, car le ministère des Forêts nétait guère motivé à mettre en uvre le nouveau régime. Proposition 3 : Tout groupe ou toute organisation qui cherche à rassembler dautres intervenants devrait tout dabord analyser son propre rôle et ses objectifs, ainsi que ses liens avec ces intervenantsDaprès Freeman ( 1984, p. 64 ), le défi que présente lidentification des intervenants saccentue en raison de ce quil appelle le « problème de la concordance ». « Il ne suffit pas danalyser les intervenants selon la perception qua une organisation de leur pouvoir et de leur intérêt. Lorsque ces perceptions ne concordent pas avec celles des intervenants, même les penseurs stratégiques les plus brillants du monde ne peuvent rien faire » [ Traduction ]. Le problème de la concordance réside dans les hypothèses que formule une organisation au sujet de ses intervenants et de ses interactions avec eux, ainsi quau sujet de la base sur laquelle elle est prête à négocier avec eux. Les caractères qualitatifs comme le pouvoir et la légitimité aident à expliquer les chances pour un intervenant de devenir un « rassembleur » ou un facilitateur. En ce qui concerne le facteur temps ou lurgence, certains auteurs sont davis quun facilitateur qui ninsiste pas sur le caractère urgent contribue étroitement à assurer la réussite de la gestion des conflits ( Thomas et coll., 1996 ). Il peut arriver quune organisation soit capable de rassembler dautres intervenants temporairement ; par la suite, par contre, les intervenants définiront le rôle et les caractéristiques quils aimeraient retrouver chez un rassembleur, ainsi que les fonctions particulières que seront appelées à exercer dautres parties neutres, comme les facilitateurs, lesquels sont susceptibles de devenir des sources dinformation spécialisée. Cette proposition mérite lattention des organismes et des responsables de projets qui croient avoir le pouvoir et la légitimité voulus pour agir comme des rassembleurs et intervenir dans un contexte rural. Malheureusement, la majorité des écrits sur lanalyse des intervenants ne remettent pas en question cette proposition et semblent sadresser principalement aux groupes ou organismes qui cherchent à devenir des rassembleurs et qui présument quils auront la haute main sur un projet donné ( Warner et Jones, 1998 ). Il sensuit souvent quen raison des délais dordre administratif imposés de loin par un bureau central, les choses deviennent urgentes. On suppose ici quune organisation rassembleuse peut acquérir de la légitimité en reconnaissant ouvertement ses propres limites en sa qualité de rassembleuse. Pour rassembler un vaste éventail dintervenants, il faut que le rassembleur soit largement reconnu et jouisse dune grande neutralité. Le Consortium du développement communautaire de Nusa Tenggara, en Indonésie, est un réseau dorganismes qui comprend des représentants dorganismes gouvernementaux, dorganisations non gouvernementales ( ONG ), détablissements de recherche et de collectivités locales ( Fisher et coll., le présent ouvrage ). Au fil du temps, il a renforcé son pouvoir et sa légitimité auprès de ses membres et agi conformément au calendrier dexécution ou au degré durgence convenu entre eux. Létude de cas de lIndonésie semble indiquer que les organismes gouvernementaux se sont rendu compte quils avaient besoin de recourir à une tierce partie rassembleuse ayant la réputation dêtre une organisation légitime et neutre et comportant plusieurs acteurs, et ce même sils possédaient deux caractères qualitatifs leur permettant dêtre eux-mêmes des rassembleurs : le pouvoir et la priorité. Proposition 4 : Les caractères qualitatifs dun intervenant dépendent du réseau social auquel il appartient et des rôles multiples quil joueIl est nécessaire de comprendre les interrelations entre les intervenants, les multiples « casquettes » quils portent, ainsi que les réseaux et autres groupes auxquels ils appartiennent. Par la théorie des réseaux sociaux, on cherche à comprendre le comportement des acteurs en analysant les types de relations quils vivent et la manière dont ces relations sont structurées ( Rowley, 1997 ). Lanalyse des réseaux sociaux est utilisée par des auteurs dans de nombreux champs détude, et ce, de diverses façons :
De récentes percées dans les travaux de recherche sur la négociation confèrent au contexte social un rôle prépondérant dans la détermination des différentes procédures de négociation à privilégier en situation de conflit social ( Pruitt et Carnevale, 1993 ). Le contexte social a aussi une incidence sur les coalitions auxquelles se joignent les intervenants le terme « coalitions » désignant des « sous-groupes dont le but est dinfluencer la décision dun plus grand groupe » ( Polzer et coll., 1995, p. 135 ) --, ainsi que sur les différents comportements quadoptent les médiateurs ( Pruitt et Carnevale, 1993 ). Un réseau social désigne « un groupe dacteurs et lensemble des liens représentant certains rapports ou le manque de rapports entre les acteurs » ( Brass et coll., 1998 ). Des auteurs douvrages sur la gestion parlent de la nécessité danalyser « léventail complexe des rapports multiples et interdépendants qui existent dans lenvironnement dun intervenant » ( Rowley, 1997, p. 890 ). À cet effet, ils proposent deux dimensions : la « densité » comme mesure de linterconnexité et la « centralité », qui renvoie à la position relative dun acteur au sein dun réseau. Il est impératif de comprendre les intervenants dans le contexte des relations quils nouent ( Granovetter, 1985 ). Parmi les facteurs qui influencent les comportements durant les négociations, linterdépendance joue un rôle déterminant, car les attitudes et le comportement des acteurs sont façonnés par le fait quils devront coexister après la période de négociation ( Susskind et Cruikshank, 1987 ). La proposition 4 laisse supposer que les intervenants sont susceptibles de former des alliances, ou de profiter doccasions de former des alliances, à la fois pour en faire des outils de négociation et pour arriver à de nouvelles dispositions institutionnelles. Le fait de se munir de diverses options et davoir différents desseins peut aider à renforcer les moyens daction dun groupe. Parallèlement, le passage du mode rivalité au mode collaboration peut être le résultat de ce que les intervenants perçoivent comme étant des possibilités et des interdépendances futures qui méritent une attention. Ces décisions sont prises, modifiées et revues constamment par les intervenants, à mesure quils évaluent les chances de faire progresser leurs objectifs grâce aux différentes alliances. Les travaux de recherche dOstrom ( 1998 ) donnent à entendre que les groupes dutilisateurs locaux des ressources, parfois à eux seuls et parfois avec une aide institutionnelle extérieure, ont réussi à établir un vaste éventail de dispositions institutionnelles pour soccuper de ressources communes, lorsque les autorités centrales ne les empêchent pas de le faire ( Ostrom, 1998 ). Lauteure signale que les groupes doivent demeurer en communication directe sils veulent que ce processus progresse. Lorsque des intervenants sont tenus à lécart et sont dans limpossibilité de communiquer en personne, ils risquent de surutiliser les ressources communes. Cette proposition complète la proposition 2 en ceci quelle met laccent sur le comportement décisionnel des intervenants fondé sur leur analyse des possibilités et des coûts dans un contexte social donné. Pour un rassembleur, cela signifie que le comportement dun intervenant ne peut sexpliquer complètement par les caractères qualitatifs quil possède. Les réseaux sociaux entourant une ressource naturelle peuvent, au fil du temps et des interactions, créer un climat de confiance entre les parties ayant en apparence des positions antagonistes. Dans le bassin de la lagune Merin, en Uruguay ( Pérez Arrarte et Scarlato, le présent ouvrage ), les intervenants locaux, ayant pourtant des intérêts fort divergents ( producteurs commerciaux de riz, autorités locales et écologistes ) sont parvenus à sentendre sur des pratiques novatrices de gestion des ressources naturelles. À lopposé, les organismes gouvernementaux centraux lointains et le personnel des instituts techniques qui ne faisaient pas partie des réseaux sociaux étaient les plus réticents à modifier leurs positions. Proposition 5 : Les intervenants sont peut-être identifiables, mais ce sont ceux qui possèdent les connaissances et les capacités voulues qui participent en tant qu« acteurs sociaux »Les « acteurs sociaux » sont des personnes capables de prendre des décisions et de les appliquer ; le concept dacteur social se distingue donc de celui dintervenant ( Long, 1992 ). La notion d« organisme humain » fait partie intégrante du concept dacteur social : « De façon générale, la notion dorganisme attribue à un acteur la capacité de donner suite à des expériences sociales et de trouver des façons de faire face à la vie [ ... ] Les acteurs sociaux sont des gens "bien informés" et "capables" » [ Traduction ] ( Long, 1992, p. 2223 ). Ostrom ( 1995, p. 126 ) parle du « capital humain » en des termes semblables : « Le capital humain désigne les connaissances et les compétences quapporte une personne dans la recherche de solutions à un problème [ traduction ]. » Les acteurs sociaux sefforcent de résoudre des problèmes, apprennent comment intervenir dans un contexte social et surveillent continuellement leurs propres actions ( Giddens, 1984 ). Selon Long, lenvironnement ne peut être décrit comme un acteur social, bien quon le considère comme un intervenant dans les ouvrages portant sur les affaires ( Mitchell et coll., 1997 ). Comme lont fait remarquer Chevalier et Buckles ( le présent ouvrage ), dans certaines cultures, les ancêtres ou les esprits de la forêt peuvent être considérés comme des intervenants. Cela porte à conclure quil faudra fournir aux acteurs marginalisés qui peuvent facilement être identifiés comme des intervenants le soutien nécessaire, soit de linformation et une formation, pour leur permettre de négocier et de défendre leurs positions. Les intervenants qui sont incapables de prendre des décisions et dy donner suite ont peu de chances dêtre intégrés à un processus décisionnel collectif. Aider un groupe à devenir un acteur social est lune des stratégies permettant d« uniformiser les règles du jeu », car elle donne de la légitimité à un groupe tenu à lécart du pouvoir ; toutefois, à moins que ce groupe ne bénéficie dune forme quelconque dappui politique, sa participation à des négociations nest pas garantie. Cet argument soutient la proposition 2 concernant la prégnance des intervenants. On peut avancer que les intervenants sont susceptibles de devenir des acteurs sociaux en prenant part à des actions distinctes, quil sagisse de pressions politiques ou de désobéissance civile. En renforçant leur poids politique, les groupes communautaires peuvent se mettre sur un pied dégalité et forcer les intervenants plus puissants à négocier. Sils acquièrent aussi les capacités de préparer des propositions et de les défendre à des réunions multipartites, ils sont alors en position de participer aux discussions à titre dintervenants à part entière. La proposition 5 est aussi étroitement liée à la proposition 6 pour ce qui concerne les différentes procédures qui soffrent aux intervenants en situation de conflit social. Lexemple du Honduras ( Chénier et coll., le présent ouvrage ) montre que « le conflit à Copán, qui mijotait depuis de nombreuses années, sest aggravé par suite de la ratification, par le gouvernement, de laccord 169. Si le conflit ne sétait pas envenimé, les habitants de la localité nauraient probablement jamais acquis les aptitudes voulues pour le gérer » [ Traduction ]. Létude de cas nous fait voir à quel point ce processus peut être délicat : « Les documents externes et le soutien moral peuvent contribuer énormément à assurer aux différents acteurs des « règles du jeu équitables », mais il faut quils soient planifiés et mis en uvre avec soin, pour ne pas risquer de miner la crédibilité des acteurs locaux en menant à des accusations de manipulation politique externe » [ Traduction ]. Le cas des Philippines offre un autre exemple ( Talaue-McManus et coll., le présent ouvrage ). Durant lélaboration du plan de développement côtier de Bolinao, les utilisateurs directs des ressources ( les personnes qui vivent de la pêche, les marchands de poisson ) ont été mobilisés, orientés et aidés grâce à la transmission de connaissances et de compétences, afin quils puissent participer à un processus collectif. Ce genre de situations illustre la transition entre lanalyse des intervenants dans un contexte proactif et non conflictuel et lanalyse des intervenants dans le cadre dun éventail de procédures destinées à gérer un conflit social. Les autres propositions décrivent des situations communes qui ont pour point de départ un conflit. Daniels et Walker ( 1996 ) avancent que les conflits qui surviennent dans la gestion des ressources naturelles non seulement ne peuvent pas être évités, mais sont aussi souhaitables, dans la mesure où ils peuvent aboutir à des ententes négociées novatrices entre les intervenants. Proposition 6 : Les intervenants devront choisir entre trois différentes catégories de procédures pour régler le conflit social : le processus de décisions conjointes, la prise de décisions par des tiers et les mesures indépendantesDans le domaine de la gestion des ressources naturelles, les conflits sont souvent inévitables ( Daniels et Walker, 1997 ; Hildyard et coll. 1997, 1998 ). La demande croissante pour des ressources naturelles, limitées et renouvelables, afin de répondre aux besoins des divers intervenants est une fréquente source de conflits. Plus les ressources se font rares, moins il est possible de satisfaire pleinement les besoins concurrents. Dans ce genre de situation, les intervenants font des choix sur le meilleur moyen de procéder pour protéger leurs propres intérêts. Les négociations entre intervenants entraînent inévitablement des conflits dintérêts et des compromis ( Grimble et coll., 1995 ; Grimble et Wellard, 1996 ). Les procédures de règlement des conflits sociaux sont regroupées en trois catégories échelonnées sur un continuum ( Pruitt et Carnevale, 1993 ). De nombreux facteurs influencent le choix des intervenants ( ou « parties à un conflit » dans le vocabulaire des négociations ) pour lune ou lautre de ces procédures, selon la nature du conflit, le degré davancement de la négociation et les caractéristiques des intervenants :
Lexemple hypothétique que voici a pour but dillustrer ces procédures. Il sappuie sur les protagonistes dune étude de cas dOviedo, aux îles Galapagos ( le présent ouvrage ). Une entreprise de tourisme et les pêcheurs locaux ont un différend : la première souhaite faire admirer aux touristes la vie aquatique dans une réserve naturelle de la côte ; les autres gagnent leur vie en pêchant justement dans ces eaux. Pour négocier, il faudrait nécessairement parler de ces questions et la médiation entraînerait lintervention dun tiers. Ladjudication voudrait que les parties aillent devant les tribunaux alors que larbitrage nécessiterait la tenue dune audience et une décision par un fonctionnaire inférieur à un juge. Une décision autocratique serait prise si le tiers rassemblait directement ses renseignements sans entendre de témoignages dans le cadre dune audience. Si lune des parties abandonnait ses revendications par exemple si lentreprise touristique fermait ses portes ou si les pêcheurs cessaient de pêcher elle céderait ou battrait en retraite. Une lutte démarrerait si les parties, ou lune dentre elles, se livrait à des mesures de harcèlement, par exemple le vandalisme de bateaux ou des filets de pêche. Enfin, une coordination tacite se manifesterait si les deux parties tentaient de trouver des compromis sans en discuter, par exemple si la première partie réduisait le nombre de visites au site et que lautre cessait de pêcher une espèce particulière. Dans ce mode de classification, la lutte est la seule façon de procéder qui nexige aucune collaboration des parties. À nimporte quel moment du processus, les parties peuvent avoir des préférences différentes quant aux diverses procédures, mais, sauf lorsquelles battent en retraite, elles finissent presque toujours par utiliser la même. Le choix de lune ou lautre des catégories de procédure ( par exemple, le processus de décisions conjointes ) est influencé par le fait que les autres catégories ( prise de décisions par un tiers et mesures indépendantes ) ne semblent pas rentables ou justifiées stratégiquement. De surcroît, un type de procédure peut permettre à un intervenant dêtre mieux reconnu ou lui donner plus de poids sur le plan juridique, forçant ladversaire à sasseoir à la table des négociations. Une situation problématique dabord antagoniste peut évoluer vers la négociation si lon parvient à surmonter les différences de pouvoir et si on est prêt à modifier lobjet du litige. Dans laffaire du Parc national de Cahuita, au Costa Rica, on a mis sur pied un Comité de lutte en 1995 dans le but de contester la décision unilatérale de lÉtat dimposer un droit triple pour lutilisation du parc par les étrangers, car on craignait que cette décision ne se solde par une importante baisse du tourisme ( Weitzner et Fonseca Borrás, le présent ouvrage ). Le comité représentait plusieurs intervenants : lindustrie du tourisme de Cahuita, les membres de la collectivité dont les terres avaient été expropriées sans aucune forme de compensation et lensemble de la collectivité. Ces groupes ont donc formé une coalition en vue de contester la décision ( mesures indépendantes ) et daffronter le ministère. Par la suite, le gouvernement a chargé un ombudsman du rôle de médiateur, reconnaissant ainsi le pouvoir et la légitimité du comité. Par opposition, la dynamique du nouveau Comité de gestion après la signature de lentente de 1997 sest révélée complètement différente. Ce comité se composait de représentants des diverses factions et négociait en tenant compte des problèmes complexes posés par la définition imprécise des droits fonciers et par labsence dun plan de gestion pour le parc national et le bord de mer. Autrement dit, la situation a évolué de la prise de mesures indépendantes au processus de décisions conjointes. La décision des intervenants dentamer des négociations est influencée par divers facteurs et pas seulement par la protection de leurs intérêts. Pruitt et Carnevale ( 1993 ) laissent entendre que, au-delà de lintérêt personnel, la préférence pour un mécanisme de gestion des conflits ou un autre tient :
Jusquà un certain point, la plupart des parties à un conflit se préoccupent du bien-être de la partie adverse, particulièrement si elles sont appelées à interagir par la suite. Les normes, y compris les principes déquité, encouragent les efforts en vue de résultats et de concessions équitables. Les relations passées et futures façonnent aussi les positions, particulièrement lorsque les intervenants savent quils devront continuer dinteragir régulièrement avec les groupes adverses. De plus, il se forme des coalitions au sein des organisations en vue dinfluencer les positions ; les coalitions sont courantes dans les négociations multilatérales lorsque des groupes dintervenants peuvent joindre leurs forces pour appuyer une position donnée. Cette proposition est étroitement liée à la proposition 5 sur les acteurs sociaux et à la discussion sur le rôle du pouvoir. La proposition présente avant tout la notion quil existe diverses procédures pour régler les conflits sociaux et que les intervenants choisissent constamment lune ou lautre parmi celles-ci. Proposition 7 : Les intervenants amorcent des négociations lorsquils estiment quil sagit de la meilleure solution compte tenu de ce quils obtiendraient autrement MSRMRS signifie « meilleure solution de rechange ». Cest la base des négociations. Pas un groupe ne choisira de se joindre à des négociations sil pense pouvoir obtenir davantage à lextérieur des négociations ( Susskind et Cruikshank 1987, p. 81 ). Les trois principales procédures pour régler les situations problématiques sont les mesures individuelles ( qui incluent également les mesures unilatérales et labsence de mesures ), les recours aux tribunaux ( qui englobent tout un continuum dautres méthodes darbitrage moins coûteuses, chacune exigeant toutefois que la partie plaignante abandonne son pouvoir de décision ), ou la négociation. Tous les intervenants font leur choix parmi les procédures en fonction de ce quils estiment être leurs chances datteindre leurs objectifs à moindres coûts. Beaucoup de facteurs influencent leurs choix ( voir la proposition 6 ), mais il est probable quils se posent les questions suivantes ( souvent de façon implicite ) lorsquils décident dentamer un processus de négociation ou de décisions conjointes ( Susskind et Cruikshank, 1987 ) :
Ces questions ont une importance stratégique pour le rassembleur qui doit décider si les conditions se prêtent ou non à la mise en place dun processus de collaboration. ( Pour une liste des conditions pouvant faire obstacle à un processus de négociation, voir lannexe 3 ). Susskind et Cruikshank ( 1987 ) laissent en outre entendre que chaque type dintervenant majeur devrait se poser plusieurs questions supplémentaires avant dentreprendre des négociations. Les principaux groupes dintervenants dont il est ici question sont les fonctionnaires, les groupes de citoyens et les groupes du secteur privé2. Les fonctionnaires doivent se demander :
Cette question nest pas toujours simple étant donné les règles auxquelles les fonctionnaires sont soumis. Il faudra parfois avoir recours à une entité extérieure pour rassembler les parties et, plus tard, à un médiateur. Le groupe de citoyens doit se demander :
Le représentant du secteur privé doit se demander
La liste de questions ci-dessus suggère que les parties ne collaborent que si elles estiment pouvoir tirer leur épingle du jeu ( Gray, 1989 ) ou si elles nont pas de meilleur choix que de négocier ( Lee, 1993 ). Afin déviter un décret national faisant des îles Galapagos dÉquateur un parc national, la population locale a concentré ses efforts sur lobtention du statut de province pour larchipel en vue daccroître son autonomie ( Oviedo, le présent ouvrage ). Avec dautres intervenants, elle a multiplié les « mesures indépendantes » et les manifestations jusquà ce que les acteurs plus puissants ( le gouvernement national et les entreprises touristiques du continent ) aient pris conscience quils narriveraient pas à une solution viable sans la participation des groupes locaux. Autrement dit, au départ cest un processus unilatéral déquilibrage des pouvoirs qui a incité les autorités nationales à chercher une entente négociée avec les intervenants locaux. Bien que les négociations multipartites soient chose courante dans le contexte de la gestion des ressources naturelles ( Gray, 1989 ), cette proposition met en relief le fait que les intervenants choisissent la négociation lorsquils ne parviennent pas à trouver de meilleure solution séparément. On pourrait en déduire que la négociation a un coût et quelle représente un engagement de ressources et de temps quon ne se résout à prendre que lorsque les autres procédures de gestion des conflits sociaux semblent moins prometteuses. Lexemple frappant de la Corne de lAfrique illustre bien cette proposition ( Suliman, le présent ouvrage ). Le conflit armé entre le peuple Nuba ( cultivateurs ) et le groupe arabe Baggara ( pasteurs nomades ) dans le sud du Kordofan, au Soudan, sest déclaré lorsque le gouvernement de Khartoum a confié les meilleures terres aux propriétaires soudanais absents ( Jellaba ) qui ont instauré des méthodes de mécanisation de la culture du coton. Les Baggaras et les Nubas avaient pourtant entretenu des relations paisibles pendant des siècles. Cependant, les Baggara ont commencé à se battre contre les Nuba lorsque le gouvernement les a persuadés de se joindre à sa croisade contre les Nuba en leur donnant des armes et en leur promettant les terres des Nuba après une victoire facile. Non seulement la réalité sest-elle révélée très différente, mais les deux groupes ont perdu un grand nombre des leurs, et des animaux. Le gouvernement a eu recours à des moyens violents pour saboter trois accords de paix entre les Nuba et les Baggara ( 1993, 1995 et 1996 ). Bref, la seule partie qui avait quelque chose à gagner de la guerre a activement mis un frein à toute forme de négociation entre les deux groupes qui avaient le plus à gagner en collaborant. Cet exemple tragique décrit une catastrophe nationale comparable, à plus petite échelle, aux abus et à la distribution inégale du pouvoir et des terres dont on est témoin dans bien des régions rurales dautres pays en développement. Proposition 8 : Les processus collaboratifs se font en trois grandes étapes : détermination des problèmes, détermination de lorientation, mise à exécutionDans le domaine de la gestion des ressources naturelles, les conflits sont inévitables. Cependant, certains affirment que les conflits peuvent être une source dinnovation et ouvrir la voie aux progrès ( Daniels et Walker, 1996 ). Lorsque les parties choisissent de négocier, elles passent par des étapes communes à la négociation collaborative ( Gray, 1989 ) et aux processus consensuels ( annexe 4 ). Dabord, la détermination du problème se fait à une étape où les parties apprennent à se connaître et sentendent sur une définition du problème. À létape de la détermination de lorientation, les parties conviennent des règles de négociation, définissent un ordre du jour, cherchent de linformation, attribuent des tâches et cherchent un terrain dentente. Létape de la mise à exécution de lentente est axée sur la surveillance et la conformité. La dernière étape inclut souvent une entente sur le mécanisme de renégociation. Lanalyse des intervenants est un outil quon utilise le plus souvent à la première étape :
À Copán, au Honduras, les groupes dintervenants cernés et décrits par Chénier et coll. ( le présent ouvrage ) sont les indigènes Chorti, les propriétaires des plantations, ainsi que les représentants des gouvernements local et national, les ONG et lindustrie du tourisme. Une des première tâches importantes des auteurs a consisté à cerner les problèmes tels quils étaient perçus par les divers intervenants, une tâche qui a non seulement fait la lumière sur les tensions entre les différents groupes, mais qui a également mis en relief un problème prioritaire que les Chorti estimaient pouvoir régler. Les Chorti avaient reçu certaines terres du gouvernement dans le cadre dun processus de réforme agricole, mais ils ne savaient par trop comment les distribuer entre eux et les rendre productives. En soulevant ce problème, ils ont solidifié leur position de membres responsables au sein de la collectivité et ils ont obtenu le soutien du gouvernement municipal et des intervenants en tourisme, qui étaient particulièrement pressés de détendre latmosphère. Cette stratégie a procuré aux Chorti une alliance solide qui leur a permis de poursuivre leurs revendications territoriales. Les principales étapes du processus collaboratif de Gray ( 1989 ) ressortent aussi clairement dans dautres expériences semblables en gestion des ressources naturelles, sous réserve de quelques modifications au sein de chacun des processus ( tableau 1 ). Cette proposition est bien étayée par un nombre croissant de méthodes opérationnelles utilisées dans le secteur de la gestion des ressources naturelles, dont beaucoup viennent des domaines de la réflexion systémique et de la gestion des affaires ( Daniels et Walker, 1997 ). Les praticiens et les chercheurs qui se servent de ces méthodes en vue de faciliter les négociations entre intervenants ont tout avantage à savoir comment cette proposition se lie aux précédentes dans le cadre conceptuel. Ces renseignements pourraient les aider à reconnaître soit les situations où les écarts de pouvoir sont si énormes que les processus collaboratifs ont peu de chances de donner des résultats, soit les situations où les méthodes opérationnelles nauront quune incidence limitée ou, pire encore, elles pourraient être manipulées par les pouvoirs dominants. Proposition 9 : Les systèmes de résolution des conflits font appel aux services de médiateurs et nécessitent que les parties cessent de négocier leurs « positions » pour se préoccuper plutôt de leurs « intérêts ».Parallèlement au processus collaboratif, il existe la possibilité de concevoir des systèmes de résolution des conflits. Selon Pruitt et Carnevale ( 1993 ), il sagit là tout simplement dune application avant-gardiste de la recherche sur la négociation. À la base de cette idée, on retrouve aussi deux idéaux fondamentaux : celui de satisfaire le besoin de lintervenant de présenter son cas ( le droit à lexpression ) et celui darriver à une entente entre les parties quant à léquité de la procédure et un certain degré de contrôle ( le droit à la justice des procédures ) ( Pruit et Carnevale, 1993 ). Si la participation, ou lexpression, de toutes les parties intéressées nest pas possible ou permise, le processus de collaboration entre les intervenants sera faussé ou, pire encore, servira à camoufler le regroupement des structures du pouvoir existantes ( Hildyard et coll., 1997, 1998 ). Cette proposition est directement liée à la proposition 6, où lon décrit les diverses procédures qui soffrent aux intervenants engagés dans un conflit social. Il suffit de penser au conflit typique du domaine de la gestion des ressources naturelles, où un groupe, quil sagisse dune société ou dun gouvernement, domine tous les autres. Dans ces circonstances, il est probablement plus réaliste de préparer le terrain pour la résolution du conflit. La conception de systèmes de résolution des conflits sappuie sur un certain nombre de principes semblables à ceux mentionnés dans les références ci-dessus aux écrits sur la gestion collaborative ( annexe 5 ). La présente proposition insiste sur limportance de ne pas faire porter la négociation sur les positions ( les droits ) mais plutôt sur des intérêts concrets. On peut aussi envisager cette proposition sous un autre angle, peut-être plus pratique : il est moins coûteux et plus gratifiant de saxer sur les intérêts que sur les droits et cette pratique est, à son tour, moins coûteuse et plus gratifiante que celle qui consiste à saxer sur le pouvoir ( Ury et coll., 1989 ). Que le processus parte dun conflit ou dun compromis ( Grimble et Wellard, 1996 ), le mouvement vise toujours un accommodement négocié des intérêts et porte sur lapprentissage social des nouveaux points de vue communs ( Röling et Jiggins, 1998 ). Létude de cas de lUruguay ( Pérez Arrarte et Scarlato, le présent ouvrage ) souligne le besoin dune recherche-action intégrée en vue de résoudre les principaux enjeux dun conflit, une recherche susceptible dengendrer des options que les divers intervenants pourront prendre en considération, qui reste neutre et fiable pour tous les participants, y compris les groupes les plus marginalisés. Dans le cas de lUruguay, le principal défi consistait à élaborer un système de résolution du conflit pouvant être gardé en réserve en vue de sauver le processus dans léventualité où la recherche-action perdrait de sa légitimité aux yeux dintervenants moins souples. Le cadre conceptuel dans le contexteOn peut résumer le cadre conceptuel de la façon suivante : lanalyse des intervenants sert surtout à analyser et à planifier la façon daborder une situation complexe, et elle est utile dans le contexte de la gestion des conflits et des procédures de négociation. Lapproche systémique est un point de départ tout naturel ( proposition 1 ) dans les situations qui nexigent pas de réaction immédiate à une crise. Dans ce genre de situation, il est nécessaire :
Lorsquil existe déjà une situation de conflit, le fait de comprendre les préférences dun intervenant pour les diverses procédures qui permettent de régler un conflit social ( proposition 6 ) est un point de départ stratégique. À la figure 1, les propositions de droite ( 15 ) renvoient aux caractéristiques de lintervenant et du rassembleur, au contexte qui façonne ces caractéristiques ainsi quà certains mécanismes qui permettent de rallier les intervenants marginalisés ( proposition 5 ). À la gauche de la figure 1, on retrouve les propositions qui traitent des choix de procédures, de collaboration et de résolution ou de gestion des conflits. Comme on peut le constater dans plusieurs études de cas du présent ouvrage, toutes les propositions sont interreliées3 Les exemples du Costa Rica ( Weitzner et Fonseca Borrás, le présent ouvrage ) et de lÉquateur ( Oviedo, le présent ouvrage ) décrivent une situation où les intervenants de la collectivité locale ont été touchés par une situation de « décision annonce défense » ( DAD ), cest-à-dire lorsquun organisme gouvernemental national change unilatéralement les règles daccès à des ressources communes. Le groupe dintervenants, qui dépendaient directement de ces ressources pour leur subsistance, nont pas été invités à participer au processus de négociation, une situation symptomatique dun grand déséquilibre du pouvoir ( que la situation DAD établissait déjà au-delà de tout doute ). Le groupe dintervenants a lui aussi choisi de prendre des mesures unilatérales ( lutte ) en formant, dans un premier temps, une coalition avec dautres pour gagner du pouvoir et, ensuite, en se faisant connaître par ses actes de désobéissance civile. Cette mesure unilatérale a contribué à donner à ce groupe dintervenants plus dimportance aux yeux des intervenants plus puissants, dont, du coup, les possibilités de mesures unilatérales seffritaient. Cest à ce stade quils ont invité les groupes communautaires à négocier ; autrement dit, ils ont pris conscience quils navaient pas de MSR. Donc, les choix de procédure ont changé au fur et à mesure que la crise a pris de lampleur et que les intervenants ont posé des gestes pour réduire les grands écarts de pouvoir. ConclusionDans la présentation qui précède, nous avons voulu vérifier lapplicabilité du cadre conceptuel aux études de cas relatées dans le présent ouvrage. Cependant, plusieurs questions se posent encore. Question 1 : Si les intervenants avaient effectué une analyse des intervenants plus structurée, lexercice de gestion du conflit aurait-il été plus fructueux ?Bien que toutes les études de cas exposées dans le présent ouvrage incluent une forme danalyse des intervenants, les cas où les intervenants ont utilisé les outils danalyse des intervenants de façon explicite durant le processus de négociation sont plutôt rares. On ne peut quéchafauder des hypothèses, mais il est probable que lutilisation systématique des outils danalyse des intervenants aurait amélioré le processus de négociation en rendant les relations plus transparentes et, par conséquent, aurait fourni à toutes les parties des outils susceptibles daxer la négociation sur des points plus spécifiques. Il faut toutefois faire attention : la terminologie et les fondements théoriques sous-jacents présentés dans ce cadre sont surtout occidentaux. En effet, la terminologie elle-même se traduit difficilement dans dautres langues. Aussi, labsence de référence aux intervenants et à lanalyse des intervenants nest pas une indication sûre de la mesure dans laquelle les acteurs sociaux ont adopté ces propositions ou certains des outils danalyse connexes. En outre, il est évident que toutes les études de cas relatées dans le présent ouvrage sont des situations de conflit réels. On peut donc soutenir quune compréhension systématique des situations et des options de gestion des conflits aurait été utile ( à partir de la proposition 6 ) pour mieux centrer lattention sur les intervenants en tant que tel. Question 2 : Quel genre doutils danalyse des intervenants auraient donné les meilleurs résultats ?Il est impossible de répondre à cette question de façon générale puisquil aurait fallu que ces outils satisfassent à des critères et à des caractéristiques spécifiques pour analyser les intervenants dans chaque étude de cas. À lannexe 2, on décrit la méthode « dévaluation rapide des systèmes de connaissances agricoles » ( ERSCA ), qui se compose de 16 étapes ; à chacune des étapes, on demande aux utilisateurs de choisir parmi une gamme doutils pour analyser leur situation daprès ses circonstances spécifiques. Bref, il nexiste pas de recette pour lanalyse des intervenants, seulement des étapes dinvestigation communes importantes ( voir le tableau 1 ). Question 3 : Qui profite le plus de la participation à lanalyse des intervenants et à la négociation dans les situations de gestion des ressources naturelles par la colleictivité ?Les études de cas laissent entendre que, dans de nombreuses situations, la négociation entre plusieurs intervenants nest ni possible ni souhaitable pour les groupes qui nont pas de pouvoirs. Les intervenants faibles et marginalisés ont beaucoup plus à perdre dans un processus de négociation où les écarts de pouvoir sont trop grands pour permettre la collaboration. Néanmoins, tous les intervenants peuvent tirer parti du processus lorsque les règles de négociation sont clairement établies et que la décision de sengager dans ce processus est fondée sur de linformation fiable. Lanalyse des intervenants peut également être un point de départ vers un entente de gestion collaborative des ressources naturelles. La « cogestion » fournit des options négociées qui permettent de progresser dans un contexte dintérêts conflictuels, à lère du pluralisme et des nouveaux modèles de gouvernance locale. La gestion collaborative a pour point de départ les approches approuvées à léchelon local et procède de façon adaptée et progressive. Entre autres résultats positifs, la collaboration permet aux intervenants dinteragir entre eux et de sentendre sur la façon de procéder plutôt que de se voir imposer une marche à suivre par une force extérieure ( Engel ,1997 ; Holling et coll., 1998 ; Röling et Jiggins, 1998 ). Lanalyse des intervenants est un outil, ou un ensemble doutils, utilisé dans la plupart des processus de planification collaborative. Dans ces circonstances, elle consiste plutôt en un ensemble doutils danalyse enchâssé dans des méthodes de collaboration ou de négociation. Par contre, lanalyse des intervenants devient souvent la méthode de choix lorsquelle est utilisée pour planifier une intervention ou pour comprendre et analyser une situation complexe ( Burgoyne, 1994 ; Grimble et coll., 1995 ; ODA, 1995 ; Grimble et Wellard, 1996 ). Le cas échéant, il nest pas rare de voir lanalyse des intervenants agencée à dautres méthodes de planification et dévaluation fondées sur la pensée systémique afin de mieux saisir tout la complexité et les éléments interreliés comme lapprentissage collaboratif ( Daniels et Walker 1997 ), lERSCA ( Engel et Salomon, 1997 ), la gestion collaborative ( Borrini-Feyerabend, 1996 ), et lEPMR ( Ramírez, 1997 ). Revenons au contexte mondial pour situer la contribution générale de ce cadre conceptuel. Keohane et Ostrom ( 1995 ) soutiennent que les États modernes et les petits agriculteurs des régions éloignées des pays pauvres ne peuvent plus se fier aux autorités compétentes pour imposer des règles qui régissent les relations entre eux. Les intervenants locaux et mondiaux tirent de la « politique de lécologie » le pouvoir de prendre des décisions et dentamer le processus de négociation avec des buts communs à long terme ( Wyckoff-Baird, 1998 ). Les modèles de pouvoir, de gouvernance et de gouvernement évoluent peu à peu vers une « gouvernance socio-politique » interactive qui engendre de nouvelles formes déchanges dans lélaboration des politiques ( Kooiman, 1993 ; Bernard et Armstrong, 1997 ; Röling, 1997 ). Lhétérogénéité et la coopération sont les marques distinctives dune nouvelle interdépendance. La gestion publique daujourdhui fonctionne dans un contexte pluraliste où on ne peut tenir pour acquis que les buts font lobjet dun consensus, où lautorité est dispersée, où les conflits sont légitimes et dont les divers éléments sont interdépendants et poursuivent des intérêts communs, même si la perception en est très faible ( Metcalfe, 1993 ). Dans un contexte aussi dynamique et complexe, les cadres conceptuels et opérationnels doivent être élaborés et modifiés au moyen de processus répétitifs ; ils doivent servir à aider les acteurs sociaux à mieux comprendre le processus de négociation et les possibilités de façonner de nouvelles relations. Annexe 1 : Exemples doutils utilisés dans lanalyse des intervenants
Annexe 2 : Principales phases de lERSCAOn a conçu une méthode axée sur les acteurs afin dévaluer les intervenants et leurs réseaux selon une approche systématique et participative : lévaluation rapide des systèmes de connaissances agricoles ( ERSCA ) ( Engel et Salomon, 1997 ). Cette méthode est pertinente dans la mesure où lanalyse des intervenants se fait systématiquement, à partir de nombreuses grilles. Comme on le résume ci-dessous, lERSCA couvre trois phases et se fait en seize étapes. Pour chaque étape, plusieurs outils ou « fenêtres » sont proposés : certains servent à lanalyse ou à la synthèse, dautres permettent de concevoir des options et de faire des choix. Le groupe participant à la mise en uvre de lexercice ERSCA approuve les fenêtres ou outils sélectionnés à chaque étape après en avoir discuté. LERSCA ( Engel et Salomon, 1997 ) représente peut-être le plus novateur des outils proposés pour lanalyse des intervenants dans la mesure où il requiert la participation des intervenants et force à choisir des outils analytiques adaptés au contexte local à chaque étape. Phase A : Définition du problème
Phase B : Analyse des contraintes et des possibilités
Phase C : Planification stratégique axée sur laction
Annexe 3 : Conditions laissant présager de minces chances de réussite
Source : Whetten et Bozeman ( 1984, p. 31 ; extrait cité par Gray, 1989, p. 255-256 ). Annexe 4 : Phases de la collaborationPhase 1 : Établissement du problème
Phase 2 : Définition de la direction à suivre
Phase 3 : Mise en uvre
Source : Gray ( 1989 ). Annexe 5 : Principes régissant les systèmes de règlement des différends
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[back] 2 La façon de Susskind et Cruikshank ( 1987 ) de regrouper des organisations « à but lucratif » et « sans but lucratif » peut engendrer une certaine confusion. Dans leur analyse, ces auteurs rassemblent les groupes selon quils se comportent de manière à « optimiser le rendement de leurs investissements » ( p. 187 ). Il sensuit donc que, lorsquune ONG se comporte différemment, elle fait plutôt partie des groupes de citoyens. [back] 3 Dans le domaine de la « méthode systémique douce », on pourrait décrire la figure 1 comme un tableau « riche » faisant ressortir les propositions interreliées qui se joignent pour former un cadre conceptuel ( Checkland, 1981 ; Checkland et Schöles, 1990 ). [back] |
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2001-04-23
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