| crdi accueil : Cultiver la paix: Chapitre 3 : Les hautes terres de Nusa Tenggara, en Indonésie | chercher | aide | accueil |
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Les hautes terres de Nusa Tenggara, en Indonésie : leçons sur la gestion des conflits dans plusieurs sitesLarry Fisher, Ilya Moeliono et Stefan Wodicka Les demandes croissantes exercées sur les forêts indonésiennes provoquent des conflits en matière de gestion des ressources. Les collectivités rurales situées à lintérieur ou à proximité de ces régions protégées ont été exclues du processus de décision concernant ces ressources forestières importantes et y ont perdu laccès. Par ses politiques et programmes, le ministère des Forêts a tenté de résoudre les conflits croissants touchant la gestion des forêts, notamment par des programmes intégrés de conservation et de mise en valeur, et des agences internationales ont fait la promotion de ces initiatives dans un certain nombre de sites, avec des résultats mitigés. Des études ont montré la nécessité dadopter une approche régionale, dassurer des avantages pour les populations locales, de réunir des informations, de forger des consensus et duvrer en collaboration. Cette étude de cas fait le point sur les résultats atteints par le Groupe de travail sur la conservation du Consortium du développement communautaire de Nusa Tenggara en matière datténuation des conflits et dinstauration de processus de collaboration pour la gestion des forêts. Au cours des trois dernières décennies, les forêts indonésiennes ont été cartographiées, classifiées et assujetties à des demandes croissantes dexploitation commerciale, de protection du bassin hydrologique, dactivités de loisirs et de protection de la biodiversité. Dans tout larchipel, des zones forestières jusqualors isolées ont été rendues accessibles par la construction rapide de routes et lexpansion des services gouvernementaux. Lévolution des paramètres démographiques et économiques sest traduite par une accélération du changement et par un intérêt croissant à légard de ces régions forestières, rehaussant dautant les conflits en matière de gestion des ressources. Les collectivités rurales situées à lintérieur et à proximité de ces régions protégées ont été peu à peu marginalisées dans les processus de décision et privées de laccès à ces ressources forestières importantes. Par ses politiques et programmes, le ministère des Forêts a tenté de résoudre ces conflits croissants touchant la gestion des forêts au moyen dapproches variables ( Kartasubrata et coll., 1994 ). Par exemple, il a créé des zones de conservation en appliquant une démarche que lon pourrait résumer en disant quelle visait à intégrer la conservation et lexploitation ( Brown et Wyckoff-Baird, 1992 ; Wells et coll., 1992 ). Certaines agences internationales, comme le Fonds mondial pour la nature ( WWF ), la Banque mondiale et la Banque de développement asiatique, ont appuyé cette démarche dans plusieurs sites en Indonésie et dans lensemble de la région, avec des résultats mitigés ( Wells, 1997 ). Lévaluation des programmes a fait ressortir la nécessité dune démarche écorégionale axée sur les avantages économiques pour les populations locales, la collecte dinformations, des stratégies de gestion adaptables, et limportance du consensus et de la collaboration ( Larson et coll., 1997 ). La présente étude est consacrée à lexpérience acquise par le Consortium du développement communautaire de Nusa Tenggara ( CDCNT ), réseau inter-agences soccupant de politiques fondamentales et de questions dordre technique et institutionnel reliées à la lutte contre la pauvreté et à la protection de lenvironnement dans la région de Nusa Tenggara, à lest de lIndonésie. Au cours des trois dernières années, le Groupe de travail sur la conservation du Consortium a catalysé et surveillé lémergence de nouvelles alliances de collaboration visant à relever les défis posés par la gestion des forêts et la protection de lenvironnement dans plusieurs sites prioritaires de la région. Nous allons donc examiner lévolution de ce réseau, ainsi que les leçons tirées en matière datténuation des conflits et dinstauration de démarches axées sur la collaboration pour la gestion des forêts. Les principaux mécanismes utilisés pour faciliter cette approche multi-partenaires de la gestion des forêts comprenaient lorganisation des collectivités, létablissement de coalitions, la recherche participative, la formation professionnelle et le développement des capacités, ainsi que diverses stratégies novatrices pour assurer la collaboration de groupes divers de participants au palier local et régional. ContexteLes îles indonésiennes au sud-est de Bali et au nord-ouest de lAustralie composent ce quon appelle les Lesser Sundas ou Nusa Tenggara ( figure 1 ). Sur le plan administratif, la région est divisée en trois provinces, soit Nusa Tenggara Barat, Nusa Tenggara Timur et lex-colonie portugaise du Timor oriental. Sur le plan géologique, il sagit dune région très accidentée composée dun mélange de roche volcanique et de calcaire. Le climat y est semi-aride environ 1 500 millimètres de pluie par an, pendant trois à cinq mois.
Sur le plan ethnique, les 8,12 millions dhabitants de ces trois provinces sont très diversifiés car Nusa Tenggara se trouve à la charnière de deux groupes démographiques : les Malais et les Papous. On parle plus de 50 langues dans la région. Nusa Tenggara est lune des régions les plus pauvres et les moins développées de lIndonésie, à cause des effets conjugués de lisolement géographique, dune infrastructure inadéquate et de ressources naturelles limitées ( Corner, 1989 ). Les revenus locaux représentent environ le tiers de la moyenne nationale, et les taux de mortalité infantile et danalphabétisme sont parmi les plus élevés de toute lIndonésie. La province du Timor oriental a connu des troubles civils constants depuis quelle a obtenu lindépendance du Portugal, en 1975. Léconomie rurale repose sur lagriculture et on pratique encore la culture itinérante dans les îles de Nusa Tenggara. Bien que le riz paddy soit cultivé dans certaines basses terres, moins de 2 p. 100 des terres arables se prêtent à lirrigation. Les systèmes dexploitation agricole sont essentiellement fondés sur le maïs et le manioc, principaux aliments de base. Sur les terres plus sèches, la céréale principale nest plus le maïs, mais le sorgho ou le millet. On pratique dans toute la région lélevage extensif du bétail ( vaches, buffles, chevaux, chèvres et moutons ). Diverses espèces forestières et horticoles ( tamarin, noix de bancoul, café, cacao, etc. ) constituent une source importante de revenu, surtout pendant les fréquentes périodes de famine et de moindre rendement agricole qui caractérisent les longues sécheresses. La pêche côtière, la petite industrie ( transformation des aliments, tissage, travail du cuir, etc. ) et le tourisme sont des secteurs de plus en plus importants de léconomie. Conservation et gestion des forêtsLe gouvernement central et les agences de conservation locales et internationales ne sintéressent que depuis peu à la protection de lenvironnement de Nusa Tenggara. Au début des années 80, des études effectuées par lOrganisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture, en collaboration avec la Direction générale de la protection des forêts et de la conservation de la nature du ministère des Forêts, ont permis didentifier les secteurs de protection prioritaires ( MacKinnon et coll., 1982 ). Plus récemment, des agences internationales comme le Fonds mondial pour la nature ( WWF ), Birdlife International, la Wildlife Conservation Society et Nature Conservancy, ont intensifié leur activité dans la région en parrainant des programmes dans des secteurs sélectionnés et en soccupant de recherche sur la biodiversité, déducation sur la protection de lenvironnement et délaboration de plans régionaux de protection de la biodiversité ( WWF, 1993 ; Jepson et coll., 1996 ). Le contraste entre la riche diversité biologique et culturelle de la région et sa pauvreté chronique constitue à lévidence une source de défis pour ceux qui prennent les décisions de gestion des ressources naturelles. On trouve des habitats humains à lintérieur et autour de toutes les forêts et des zones de protection désignées de la région, ce qui provoque évidemment de nombreux conflits en matière dutilisation des sols. Ces collectivités sont fréquemment isolées et sont fortement attachées à leurs valeurs et méthodes traditionnelles, lesquelles sont souvent étroitement reliées aux ressources terrestres et forestières ( ou côtières ). Le Consortium du développement communautaire de Nusa TenggaraCest un long processus danalyse parrainé par le CDCNT ( avant 1997, le Nusa Tenggara Uplands Development Consortium ) qui a mis en relief limportance de la conservation dans les stratégies de développement régional. Le consortium est un réseau inter-agences comprenant des représentants dorganismes gouvernementaux, dorganisations non gouvernementales ( ONG ), dinstituts de recherche et de collectivités locales. Son rôle est de se pencher sur les politiques fondamentales et sur les grandes questions dordre technique et institutionnel touchant les problèmes de pauvreté et denvironnement de Nusa Tenggara, en renforçant les programmes locaux qui ont réussi, en rehaussant la capacité organisationnelle locale, en améliorant les relations de travail axées sur la collaboration et en élargissant lincidence des programmes de développement des hautes terres ayant fait leurs preuves ( Khan et Suryanata, 1994 ; World Neighbors, 1994 ). Le Groupe de travail sur la gestion des ressources naturelles ( ou Groupe de travail sur la conservation [ GTC ] ), du Consortium, établi en 1991, se penche sur des problèmes de gestion des zones de conservation critiques ainsi que sur lincidence sociale et économique des programmes dexploitation et de conservation des forêts. Le GTC a dressé une liste dactivités individuelles et collectives répondant à ces préoccupations, et il a identifié huit sites prioritaires dans lesquels ces activités peuvent être mises en uvre et surveillées de manière continue ( figure 1 ). Les sites reflètent la diversité écologique et socio-économique de la région. Ils sont situés dans différents écosystèmes de plusieurs îles et sont diversifiés du point de vue des objectifs officiels de classification et de gestion, des menaces perçues et du contexte institutionnel ( tableau 1 ). La catégorie « prioritaire » ne repose pas uniquement sur des facteurs dordre écologique ou touchant la biodiversité ; en effet, le GTC sest efforcé détablir la priorité de ces sites en fonction des objectifs de chacune des principales agences participantes et il a donc fait ses choix en considérant que lengagement institutionnel à long terme était le facteur le plus important pour élaborer des programmes efficaces et pour surveiller et évaluer leur incidence à longue échéance.
Bien que des activités de gestion et de conservation des forêts se poursuivent dans beaucoup dautres sites, ces huit zones ont permis deffectuer des analyses et une surveillance plus approfondies au cours des trois dernières années. Les brèves études de cas qui suivent nous donnent une meilleure idée des principales questions de gestion qui se posent dans quatre des sites prioritaires : Gunung Mutis, Wanggameti, Sesaot et Rempek. Réserve naturelle de Gunung Mutis, Timor orientalLa réserve naturelle entourant Gunung ( le mont ) Mutis est considérée comme lun des derniers peuplements purs deucalyptus urophylla en Indonésie ( Robinson et Supriadi, 1981 ). Gunung Mutis se trouve dans les montagnes centrales de Timor et cest la source de tous les grands systèmes fluviaux de la partie occidentale de lîle. Bien que lon nait pas encore terminé les études fauniques, on estime quil y a à Gunung Mutis un habitat pour la plupart des mammifères indigènes de Timor et pour ses 217 espèces doiseaux ( Petocz, 1991 ). La superficie totale proposée pour la réserve serait de 12 000 hectares, englobant cependant aussi deux collectivités. On trouve, autour de la réserve, 14 villages ayant une population totale de 25 486 habitants. Les deux villages situés à lintérieur de la réserve ( Nenas et Nuapen ) et plusieurs autres limitrophes ont une partie de leur territoire dans la réserve. Avec des sols relativement fertiles, des pluies modérées ( 2 000 à 3 000 millimètres par an ) et un terrain montagneux, il sagit dune bonne région agricole, et la réserve englobe certaines des terres les plus productives. Les cultivateurs locaux produisent du maïs et du manioc pour leur alimentation de base, mais ils se sont aussi diversifiés dans les légumes et dautres cultures commerciales comme loignon, lail, la pomme de terre et les arbres fruitiers. Lélevage du bétail est un autre volet important de léconomie rurale traditionnelle et cest lune des plus grandes sources de conflits et de défis sur le plan de la conservation. Selon un récent recensement des animaux, effectué par le WWF, plus de 14 000 grands animaux ( chevaux, vaches, buffles dInde ) paissent en liberté dans la réserve, et 4 000 autres sont élevés en stalles dans les collectivités limitrophes, qui les laissent à loccasion brouter en liberté dans la réserve ( BKSDA, 1998 ). Selon les écologistes, ces animaux bloquent lépanouissement des plantes de sous-bois et des jeunes plants nécessaires à la régénération forestière, et le WWF ainsi que le Centre pour la sauvegarde des ressources naturelles ( BKSDA ) du ministère des Forêts ont proposé dinterdire le bétail à lintérieur de la réserve. Le BKSDA et le service local des forêts tentent de faire participer les collectivités locales à la conservation des forêts par des activités déducation et de vulgarisation, des programmes de développement communautaire et des projets de reboisement. Le WWF a choisi Gunung Mutis comme site de programme primaire à Nusa Tenggara, et il est actif dans la région depuis 1994. Il a effectué des études de biodiversité et des études socio-économiques, a dressé des cartes de la région et de lutilisation des sols, a surveillé les feux de forêt et a organisé les collectivités ( notamment en formant des agents de conservation ). Les défis que pose une gestion efficace de la Réserve naturelle de Gunung Mutis sont dordre à la fois institutionnel et pratique : politiques et pouvoirs conflictuels des principales agences prenant les décisions de gestion, problème du bétail broutant en liberté dans la réserve, et questions persistantes sur la fixation des frontières entre les collectivités et la réserve ( Lentz, Mallo et Bowe, 1998 ). Le nombre croissant de colons immigrants cause des tensions supplémentaires du point de vue de lutilisation des sols et des échanges dans les collectivités. Il nexiste pas encore de plan de gestion global pour la réserve et la collaboration reste limitée entre les principales agences gouvernementales locales, les ONG et les collectivités locales. Il y a manifestement un conflit entre les objectifs de développement du gouvernement local et les priorités de conservation des agences provinciales, régionales et nationales. Le problème du bétail en est le meilleur exemple : alors que le gouvernement local et le service de lagriculture ( notamment la division du bétail ) continuent de faire la promotion de lélevage du bétail comme source de revenu, les écologistes réclament lexpulsion du bétail de la réserve. Une proposition détude conjointe sur la gestion du bétail ( BKSDA, 1998 ) représente une nouvelle tentative dintégration de lutilisation des sols et de la prise de décision inter-institutionnelle sur ces questions complexes. Le WWF a déjà entrepris un programme de cartographie conjoint dans plusieurs collectivités limitrophes de la réserve, mais il existe encore de profonds désaccords sur le tracé des limites et sur la procédure de règlement des différends. Létude plus générale de lélevage et de lutilisation des sols, prévue fin 1998, donnera loccasion de faire participer toutes les agences clés et les collectivités locales à un débat plus systématique et plus inclusif sur la gestion future de la réserve. Zone de conservation de Wanggameti, Sumba-EstSumba a lun des régimes climatiques les plus secs de larchipel indonésien, avec des pluies moyennes de seulement 1 000 à 1 500 millimètres par an. Lîle se compose essentiellement de terrasses calcaires surélevées, aujourdhui recouvertes dherbages de parcours consacrés au pâturage extensif des vaches, des chevaux et des chèvres. Les Sumbanais font régulièrement des brûlis pour gérer ces herbages, ce qui a ramené la couverture forestière de lîle à moins de 10 p. 100 de la surface totale ( Petocz, 1991 ; Jepson et coll., 1996 ). La protection naturelle a préservé des forêts-galeries dans les gorges et ravins profonds des basses terres, et des forêts sempervirentes au couvert fermé dans les collines de Massu, au sud de lîle. Le complexe forestier de Gunung Wanggameti-Laiwangga est le plus vaste et le plus diversifié de Sumba, avec une superficie estimée à 45 000 hectares. Cest le plus crucial du fait de sa biodiversité et de son rôle comme bassin hydrologique des vastes plaines du nord-est. Le Territoire de conservation de Wanggameti ( TCW ) a une superficie de 42 567 hectares. Il était autrefois classé « forêt de protection » ( hutan lindung ) et on la récemment désigné « parc national ». Il englobe divers types de forêts et a été mis en évidence du fait de son importance particulière comme habitat aviaire. Selon des études récentes, on y trouve 176 espèces doiseaux, dont 25 espèces endémiques nationales, et au moins neuf espèces exclusives à Sumba ( Jepson et coll., 1996 ). Ces études confirment aussi que plusieurs espèces aviaires indigènes importantes ( notamment le cacatoès soufré, cacatua sulfurea, sous-espèce des citrinocristata ) sont sérieusement menacées par la destruction de leur habitat, la chasse et le commerce ( Petocz, 1991 ). Le parc national proposé contient deux peuplements et il est entouré de 15 villages. Les cultivateurs continuent de pratiquer des formes variées de culture itinérante et ils se servent de la forêt comme source de bois de chauffage, de matériau de construction et de produits non ligneux, tels des colorants et des plantes médicinales vendus dans les marchés de Sumba ( Lentz, Fisher et Mulyana, 1998 ). Le pâturage du bétail se fait essentiellement le long de la périphérie de la réserve. Dans les mythes religieux sumbanais, les principaux clans sont originaires des montagnes de Wanggameti ; de nombreux sites à lintérieur de la forêt sont sacrés et les interdictions traditionnelles touchant leur exploitation sont encore largement respectées. Bien que la région offre des paysages remarquables et se distingue sur le plan culturel, elle est peu accessible à cause de labsence dinfrastructures. Quoi quil en soit, lamélioration des routes et des communications à Sumba et limportance croissante du tourisme ( et de lécotourisme ) à Nusa Tenggara montrent que laccueil de visiteurs dans la région sera un aspect important du développement futur du parc national. En bref, le TCW est considéré comme une zone de protection prioritaire du fait de sa riche biodiversité, de son importance pour le bassin hydrologique et de son potentiel pour le tourisme récréatif. Le service forestier a lancé plusieurs projets de reboisement à la périphérie de la réserve, avec un succès limité. Mauvaise gestion technique, mauvaises conditions des sites ( sols pauvres et sécheresse ), brûlis de gestion des herbages et sabotage pur et simple sont certains des facteurs avancés pour expliquer léchec. En réponse aux préoccupations formulées au sujet de lempiètement continu et de léchec des principaux projets, le gouvernement local a décidé de relocaliser les collectivités aux abords de la forêt. En 1993, les résidents de Katikutana ont été expulsés de force de leur village, ce qui a suscité de vives réactions dans les collectivités voisines et de la part des ONG locales et internationales soccupant de conservation et de développement communautaire dans le TCW. La peur dune escalade du conflit et les préoccupations relatives à labsence dun plan de gestion global pour le TCW ont débouché sur une série denquêtes participatives et des mesures de planification conjointes. De juin 1996 à juillet 1997, les principales agences publiques et privées ont mené des études dans les villages et organisé des débats publics dans 10 villages entourant le TCW. Jusquà présent, ces études donnent limage la plus complète des mesures et perspectives locales sur la gestion de la zone forestière. Elles ont été dirigées par le Groupe de coordination de la recherche pour la gestion des ressources naturelles ( KOPPESDA ) du consortium et ont été entreprises par des équipes de chercheurs des principales agences gouvernementales et ONG participantes. Il y a eu des réunions publiques dans chacune des collectivités et aussi les premiers dialogues pluri-communautaires sur létat de la forêt, avec des représentants des villages entourant le TCW. Ces dialogues communautaires ont offert aux villageois loccasion importante détablir et de négocier leur propre programme commun de gestion de la forêt. Les informations et recommandations issues de ces études et dialogues ont été communiquées à toutes les agences participantes et ont fait lobjet dun débat lors dune grande réunion régionale multi-partenaires, en juillet 1997. Cette réunion a débouché sur la création dune vaste coalition de représentants des agences et des parties prenantes, le Forum du Territoire de conservation de Wanggameti, et sur ladoption de plusieurs recommandations clés touchant la gestion de lutilisation des sols, les activités de conservation et la coordination entre les agences gouvernementales. Parc national Rinjani, Lombok-OuestLe complexe de Gunung Rinjani, sur lîle Lombok, est lune des plus grandes montagnes volcaniques dIndonésie, avec une altitude de 3 726 mètres et une superficie denviron 125 000 hectares ( Petocz, 1991 ). La beauté spectaculaire de la région, qui comprend un lac peu profond à lintérieur de la caldera, et sa proximité de lîle de Bali sont deux principaux facteurs de son attrait touristique croissant. Le complexe volcanique contient aussi un large éventail de communautés florales ( allant de plantes tropicales et semi-persistantes aux forêts fluviales et subalpines des hauteurs ). Des études zoologiques effectuées par le Musée de lAustralie occidentale et le Musée national indonésien à Bogor augmenteront probablement le nombre despèces identifiées dans la région 33 mammifères et 136 oiseaux. Cette région est en outre le principal bassin hydrologique dirrigation des basses terres du nord de lîle. Les zones forestières entourant Gunung Rinjani constituent lassise économique des collectivités situées à lintérieur et à proximité de la zone protégée ( LP3ES, 1993 ). Les cultivateurs locaux continuent de déboiser la forêt pour leurs jardins agro-forestiers mixtes ( les principales cultures comprenant le café, la noix de bancoul, la vanille et une variété darbres fruitiers ) et dexploiter la forêt pour le bois de chauffage, le bois de construction et le fourrage. Depuis 1993, lInstitut de recherche économique et sociale, déducation et dinformation ( LP3ES ), une ONG nationale ayant un bureau régional à Lombok, travaille dans certaines collectivités établies aux abords de la forêt entourant le complexe Rinjani. Une série danalyses participatives et détudes socio-économiques approfondies a mis en relief les interactions entre les collectivités et la forêt dans plusieurs collectivités limitrophes de la forêt. Ces études, menées en collaboration avec le service forestier local, lUniversité de lIndonésie et lUniversité Cornell, ont jeté un nouvel éclairage important sur les conflits entre lutilisation des sols et lexploitation de la forêt dans ces milieux diversifiés. Les recommandations formulées à partir de ces études ont débouché sur de nouvelles initiatives pour résoudre les conflits. Deux des collectivités situées en périphérie du complexe Rinjani sont décrites ci-après. Sesaot, district de NarmadaLe village de Sesaot ( 11 000 habitants ) se trouve à la frontière sud du complexe Rinjani, à 20 kilomètres à peine de la capitale provinciale de Mataram. Les conflits actuels concernant la gestion de la forêt de Sesaot datent du changement de statut de la zone forestière, qui de forêt à production restreinte est devenue une forêt protégée en 1983 ( Suhardi et Fisher, 1996 ). Selon le gouvernement local, cette reclassification était nécessaire pour protéger le bassin hydrologique supérieur alimentant le grand projet de dérivation de haut niveau qui était destiné à acheminer de leau dirrigation des contreforts du nord de Rinjani jusquaux terres arides marginales du sud de Lombok. Toutefois, ce changement de classification sest traduit par une perte immédiate daccès et de revenu pour les résidents de Sesaot, dont la plupart avaient cependant été attirés dans la région par les possibilités demploi des chantiers forestiers locaux. Le changement de statut de la forêt sest aussi accompagné dimportants nouveaux règlements et politiques, limitant laccès local aux ressources. Par exemple, on a imposé des restrictions à la culture de jardins agro-forestiers à lintérieur de la zone forestière ; le gouvernement a planté lacajou comme principal espèce forestière, ce qui sest traduit par une voûte forestière plus dense et la perte des possibilités de culture et dexploitation des espèces de sous-bois ; on a imposé une taxe de 50 p. 100 sur la production de café des jardins dune « zone tampon » identifiée, ce qui a fortement découragé les cultivateurs locaux ; et on a imposé des restrictions à la collecte de tous les produits forestiers, y compris du bois de chauffage, du fourrage et du bois de construction. En avril 1993, LP3ES a commencé à travailler à Sesaot en faisant une évaluation participative préliminaire pour se faire une idée des problèmes prioritaires et pour commencer à forger des relations de travail avec les chefs de village. Lévaluation a débouché sur un certain nombre dactivités de développement communautaire, notamment la construction dun système dirrigation, la création de groupes de travail de cultivateurs et de coopératives de consommateurs et, plus tard, la mise sur pied du Partenariat pour la protection de la forêt ( Kelompok Mitra Pengaman Hutan ). Ce partenariat communautaire a été formé pour réduire les larcins dans la forêt et pour aider le service forestier à gérer la zone forestière de manière plus efficace. Il a aussi permis de sattaquer à des problèmes de corruption et de harcèlement par les agents de lÉtat. Le partenariat sest efforcé ( sans succès jusquà présent ) de faire légitimer la collecte de bois de chauffage ( première source de revenu de la collectivité ) et dobtenir laccès aux sites dégradés à lintérieur de la forêt, pour des efforts communautaires de reboisement. LP3ES continue de jouer un rôle de liaison important entre la collectivité et les représentants du gouvernement ( local, provincial et régional ), en facilitant des réunions publiques, des études dans les villages et des ateliers de formation, et en faisant la navette diplomatique entre les parties de Sesaot et Mataram. Rempek, district de GanggaLe village de Rempek, situé sur les pentes nord de Gunung Rinjani, offre une problématique complètement différente. Rempek est devenu un cas célèbre et fortement politisé, certainement lun des conflits dutilisation des sols les plus difficiles et les plus réfractaires de Lombok. Comme à Sesaot, le peuplement de Rempek est relativement récent le village a été créé dans les années 30 et a connu sa plus forte expression dans les années 60 et 70. Les conflits relatifs à laccès de la forêt sont liés à des désaccords sur le tracé de ses limites et sur les décisions subséquentes en matière dutilisation des sols à lintérieur et à proximité immédiate de la zone forestière. Au début des années 50, suite à lindépendance et au transfert du pouvoir des services gouvernementaux locaux, le service forestier a déplacé les limites de la forêt, établies pendant ladministration coloniale hollandaise, pour les rapprocher de 3 kilomètres des peuplements. Les conflits suscités par cette décision et par les plantations darbres par le gouvernement dans cette zone forestière désignée ont entraîné lexpulsion des cultivateurs de Rempek à la fin des années 70. Dans ses efforts subséquents de reboisement ( 1982-1983 ), le service forestier a fait appel à des colons migrants des collectivités voisines de Monggal et Gondang. Ces colons ont planté plus de 100 hectares de jardins agro-forestiers à lintérieur de la zone forestière et, lorsque le gouvernement est revenu sur sa politique de plantation de café à lintérieur des zones forestières désignées ( en 1989 ), les cultivateurs ont refusé dabandonner leurs jardins. Le conflit sur la limite de la forêt est en outre exacerbé par un conflit de compétence entre le service forestier et la Commission de lenregistrement des terres ( BPN ). Cette dernière, entérinant apparemment les anciennes limites hollandaises et du gouvernement local, a délivré des certificats fonciers à lintérieur de la zone forestière, semblant ainsi légitimer les revendications des résidents locaux sur la limite « correcte » de la forêt. En outre, cette mesure a rendu les colons monggal et gondang encore plus déterminés à rester sur place en essayant dobtenir la propriété officielle de leurs jardins. En résumé, le litige concernant les limites de la forêt à Rempek procède de politiques contradictoires du service forestier et de la BPN. Il a aggravé les tensions à lintérieur de la collectivité et a engendré des conflits entre les résidents locaux et les nouveaux migrants incités à sétablir dans la région. Les diverses parties ont maintenu la ligne dure sur ces questions et peu defforts officiels ont été déployés pour tenter de résoudre le litige frontalier et les questions connexes de propriété foncière. Il y a eu des incidents reliés à des manifestations publiques et à des actes de violence localisés, et lempiètement sur la zone forestière continue de plus belle. En septembre 1995, le service forestier a demandé au LP3ES de jouer le rôle de médiateur dans le conflit de Rempek. LP3ES a effectué une évaluation rurale participative, suivie dune recherche plus approfondie, ce qui a permis de faire le point sur bon nombre des problèmes susmentionnés ( LP3ES, 1996 ). Ses conclusions ont été présentées au service forestier qui a intégré plusieurs recommandations dans un vaste projet de foresterie sociale englobant Rempek et dautres villages situés à la frontière nord de la zone protégée de Gunung Rinjani. Un atelier régional sur la Participation communautaire à la gestion et à la conservation de la forêt ( novembre 1996 ) a également mis en relief le conflit de gestion forestière à Rempek. Quoi quil en soit, le programme de foresterie sociale, mis en uvre essentiellement sous forme de projet traditionnel de reboisement, na pas permis de régler le litige frontalier. La pépinière du projet et le site local ont fait lobjet dactes de sabotage et, en fin de compte, le projet a été interrompu à Rempek et transféré dans les villages voisins. Analyse des casCollectivement, les huit sites prioritaires permettent de mesurer la complexité de la gestion des forêts et de la conservation à Nusa Tenggara ( tableau 1 ). Leur caractéristique la plus importante est peut-être la diversité des sites et de leur problématique, ce qui ressort très bien de la variété de leurs paramètres écologiques, de leurs pratiques agricoles, de leur utilisation des sols, de leurs populations ethniques et de lhistoire de leur peuplement. Il importe également de noter les différences en matière de classification des forêts, dobjectifs de conservation, de priorités institutionnelles, de menaces perçues et de stratégies dintervention. Bien que la diversité soit lune des caractéristiques dominantes de ces secteurs protégés, lanalyse révèle aussi des points communs, et ce sont eux qui ont fondé jusquà présent la plupart des décisions de collaboration du CDCNT. Les enquêtes communautaires et les études disciplinaires menées dans certaines zones de programmes ont jeté un nouvel éclairage important sur les questions de participation communautaire, daccès, de droits et de compétence à légard des ressources forestières. De manière générale, les litiges concernant la gestion des forêts à Nusa Tenggara tombent dans quatre grandes catégories.
À Gunung Mutis, par exemple, la classification indigène comprend des « forêts sacrées », des « forêts restreintes » où la chasse est interdite, des « forêts de clans » pour la collecte de produits forestiers, et des forêts pour la culture de jardins ( Mallo, 1996 ). Les rajahs et les chefs de clans désignés contrôlent traditionnellement laccès à ces terres, pour des raisons dordre à la fois pratique et spirituel, et ils possèdent de vastes pouvoirs de décision et dimposition de sanctions ou de punitions. De même, à Sumba-Est, lunité parentale exerce un contrôle puissant sur le village et sur les terres forestières. Ces systèmes indigènes de gestion des forêts reposent souvent sur une connaissance intime du milieu local et de lécologie ainsi que sur les traditions sociales et historiques. Le contraste est particulièrement vif par rapport aux efforts gouvernementaux plus récents destinés à fixer les limites des forêts, à classifier les zones forestières ( essentiellement pour des considérations dordre technique ) et à imposer les lois et règlements nationaux en matière daccès communautaire. La mise en uvre des politiques et programmes du gouvernement national est donc souvent considérée comme une attaque directe contre les traditions, les valeurs, les institutions et les chefs locaux. Leçons apprises et confirméesÉtant donné la diversité des sites, des problèmes, de lhistoire et des contextes institutionnels, les pouvoirs publics ont été obligés davoir recours à une gamme dinterventions différentes pour résoudre les conflits touchant la gestion des forêts, et à chercher des méthodes de gestion des forêts et de conservation axées davantage sur la collaboration et le développement durable. Bien que lon possède au niveau local une expérience considérable en médiation et en résolution des différends, il existe encore peu de procédures ou de protocoles pour gérer efficacement les litiges complexes touchant les politiques publiques ou lenvironnement. La médiation formelle des litiges touchant lenvironnement na fait son apparition que récemment en Indonésie ( Moore et Santosa, 1995 ). Les participants du CDCNT admettent volontiers les problèmes que posent des intérêts conflictuels, la mauvaise coordination entre les agences, et linefficacité des programmes et des politiques. Ils hésitent cependant souvent à qualifier ces situations de conflits et ils sont peu portés à intervenir dans les efforts officiels de médiation, surtout lorsque les problèmes en jeu dépassent leur niveau hiérarchique ou leur compétence. Dans chaque cas, les mesures prises pour résoudre les conflits ont été subtiles, indirectes, réactives et polyvalentes. Bon nombre des agences concernées ont eu recours à des méthodes indirectes pour réunir les parties, notamment à lorganisation des collectivités, à létablissement de coalitions, à des projets mixtes de collecte dinformations et de recherche participative, à des activités de formation et dexpansion des capacités, et à bien dautres stratégies destinées à améliorer le dialogue et les relations de travail entre les parties prenantes. Au cours des trois dernières années, on a continuellement surveillé les interventions dans ces sites prioritaires par le truchement du GTC. On a régulièrement tenu des réunions pour examiner les études de cas, faire le point sur les activités dans les sites et tirer des leçons communes de cette expérience diversifiée. Des visites croisées dans les divers sites par des praticiens, des décideurs publics et des chefs locaux ont permis de tirer des leçons importantes en comparant les problématiques. Les recherches effectuées dans plusieurs des sites ont permis danalyser et de documenter les réalités locales, et dévaluer les stratégies naissantes pour résoudre les conflits dutilisation des sols et de gestion des forêts. On a tenu des réunions dévaluation annuelles pour faire la synthèse des leçons apprises, planifier de nouvelles initiatives sur chaque site et solliciter des recommandations au sujet dactivités susceptibles de rehausser la collaboration régionale. Lanalyse collective de lexpérience régionale acquise à Nusa Tenggara a permis de tirer les leçons générales suivantes concernant les programmes de gestion des forêts et de conservation. Approche régionale, multi-sitesIl est particulièrement avantageux dagir simultanément dans plusieurs sites car cela offre :
Comme le CDCNT est une vaste coalition, il offre plus de légitimité et de poids politique que les agences individuelles qui le composent. Il représente aussi une structure de responsabilisation avec des assemblées à intervalles réguliers, des calendriers dactivités, des réunions et des évaluations. Les réunions quil organise régulièrement sur chacun des sites sont un stimulant important pour amener les groupes locaux à se concerter dans le cadre de ce groupe de travail régional, afin de discuter des problèmes et des solutions possibles. Unité danalyseBon nombre de programmes de recherche et dintervention ont été entrepris sur certains sites situés à lintérieur de vastes zones protégées ou de grands bassins hydrologiques. Ces études et projets jettent un éclairage important sur la dynamique de la gestion des ressources naturelles au palier local. En revanche, des études ou projets entrepris sur un site unique ne permettent pas daborder les problèmes plus généraux déchelle et de politique qui sont cruciaux pour une gestion efficace des grands écosystèmes. Dans le TCW, par exemple, un membre du Comité de la protection de la forêt, récemment constitué, sest plaint du fait que les efforts isolés du Comité pour mettre fin au vol de ressources forestières équivalaient à « fermer à double tour la porte principale de la maison pour bloquer les voleurs, tout en laissant la porte arrière et les fenêtres largement ouvertes ». Gérer efficacement les zones protégées exige une perspective et une analyse de grands systèmes et cela doit se faire dun point de vue à la fois écologique et institutionnel. La résolution des litiges touchant la gestion des forêts et la conservation exige une démarche danalyse et de décision pluricommunautaire, inter-agences et fondée sur les écosystèmes. Concept de « communauté »Les nombreuses préoccupations suscitées par la participation limitée des collectivités locales à la prise de décisions sur lenvironnement ont récemment amené à réorienter la gestion des ressources naturelles vers une démarche communautaire ( Wright et coll. 1994 ; Borrini-Feyerabend, 1996 ). Faire participer les collectivités locales en leur donnant de vrais pouvoirs est une étape essentielle, bien quinsuffisante, pour chercher des méthodes plus inclusives et plus durables de gestion des zones protégées. En dernière analyse, il est crucial que toutes les parties prenantes actives participent aux démarches communautaires les villages proches de la zone protégée ; les agents gouvernementaux aux paliers de district, provincial et régional ; les chercheurs et les scientifiques ; et les ONG soccupant activement de programmes de conservation et de développement communautaire. Le litige sur le bétail à Gunung Mutis est un exemple utile à ce sujet, car on y trouve une prise de décision éclairée et une gestion coordonnée par de nombreuses collectivités et agences publiques. Le Forum du TCW, nouvellement créé, est un exemple unique de nouvelle alliance de représentants locaux, dagents publics et de dirigeants dONG uvrant ensemble pour forger une vision commune et établir un plan de gestion de la réserve. Importance dun réseau inter-institutionsLa CDCNT est un exemple de structure institutionnelle ayant catalysé une collaboration multi-partenaires. Par son intermédiaire, les chefs communautaires, les agents publics, les dirigeants dONG, les chercheurs, etc., en sont arrivés à se connaître et à comprendre leurs points de vue respectifs. La coopération et la confiance initiales à ce palier régional ont favorisé létablissement de relations personnelles qui ont permis de rejeter les stéréotypes et les préjugés, et dinstaurer de nouvelles relations de travail axées sur la collaboration. Linteraction a permis aux participants de mettre un visage sur les politiques et les méthodes ; par exemple, des contacts importants ont été établis entre les agents gouvernementaux et les dirigeants dONG. Le réseau étendu du consortium a permis détablir des contacts avec dautres ressources. Par exemple, le Groupe de travail sur la recherche participative sest occupé de la majeure partie de lorientation et de la formation pour les études de terrain à Sumba et Timor, et les participants du Groupe de travail sur lagro-foresterie ont offert un appui technique aux programmes de Wanggameti et Sesaot. Le consortium a aussi été un mécanisme important pour financer ces initiatives. Bien que la Fondation Ford ait offert un financement durable pour les activités régionales, les efforts régionaux ont souvent bénéficié de lappui commun de plusieurs organismes publics et privés. Liens avec lélaboration des politiquesBon nombre de conflits touchant la gestion des forêts trouvent leur origine dans des décisions de fond prises très loin du lieu dactivité au niveau national, provincial, de régence ou de district. En conséquence, les litiges au niveau local sont difficiles à résoudre puisque les décideurs ignorent les conséquences de leurs politiques, ou parce quils ne veulent pas ou ne peuvent pas participer à la recherche de solutions créatives. Bien souvent, les responsables locaux ne possèdent pas le pouvoir dapprouver officiellement des solutions novatrices, ou hésitent à le faire. Il peut arriver aussi quils se servent de ces politiques, aussi déficientes soient-elles, dans leur propre intérêt personnel ou institutionnel. Cela aboutit souvent à des accommodements informels avec des responsables locaux qui « regardent de lautre côté » pour éviter de faire face aux problèmes ; il peut même arriver que les responsables profitent de ces situations pour réclamer des pots-de-vin ou mettre sur pied des entreprises privées dans les zones de conservation forestière. Dans certains cas, le GTC du Consortium sest avéré utile pour faire participer des agents de haut niveau des paliers régional, provincial ou de régence. Le service des forêts, le BPN et les représentants des gouvernements locaux ont été invités à des réunions sur le terrain, au palier régional, ce qui a souvent permis détablir des relations qui ont parfois contribué à résoudre des impasses locales. Par exemple, leffort expérimental de reboisement communautaire à Sesaot est né du dialogue stimulé par une série dateliers avec des dirigeants communautaires et des agents du service des forêts au palier provincial et de district. Passer au-dessus des responsables intransigeants ( ou timides ) de niveau inférieur est souvent la stratégie la plus efficace pour obtenir des décisions fermes au sujet des méthodes les plus créatives de gestion des forêts. Cela dit, les liens avec le gouvernement central, doù émane la plupart des politiques pertinentes, restent faibles. Il est arrivé au GTC dinviter des responsables du niveau national à des ateliers, ce qui a permis détablir des contacts personnels que lon a pu utiliser ensuite à Jakarta. Il nen reste pas moins que ce type de réseautage coûte cher, et que léloignement et la faible priorité de la région de Nusa Tenggara pour le gouvernement national représentent un sérieux défi pour lavenir. Collaboration, médiation et promotionBon nombre dinterventions de gestion des conflits ont été prises à linitiative dONG ( nationales ou internationales ) cherchant la stratégie la plus efficace pour régler des litiges apparemment irréductibles. Dans bien des cas, ils ont été amenés à sortir de leur rôle traditionnel de promotion ( au sujet des préoccupations communautaires et environnementales ) et à adopter un rôle plus dynamique et plus réactif, en favorisant des processus plus intégrateurs. Dans les discussions sur les programmes, les praticiens ont souvent mis laccent sur la différence existant entre ces démarches en disant quil est parfois nécessaire de jouer le rôle de chien de garde contestataire ( assimilé de manière humoristique aux « tortues ninja », héros de la célèbre bande dessinée qui se font les champions de la vérité et de la justice ) par opposition au rôle plus souple et réactif de médiateur-facilitateur ( aussi qualifié de médiateur « caméléon » ). Même si les praticiens savent que la promotion est un élément crucial pour mettre tous les participants sur un pied dégalité et pour se concentrer sur les vrais problèmes, beaucoup sont parvenus à comprendre les compromis quils doivent accepter en choisissant un rôle axé davantage sur la collaboration et lintégration. À Lombok, par exemple, LP3ES a souvent été amené à jouer plusieurs rôles simultanément ( de promoteur, dintégrateur et de médiateur ), ce qui la souvent placé dans une situation difficile dans ses relations avec les collectivités locales et les agences gouvernementales. De même, le WWF avait dit à lorigine, au sujet de son rôle à Nusa Tenggara, quil était lune des rares agences « parlant pour lenvironnement ». Peu à peu, il a évolué vers un rôle plus actif dorganisateur de réunions entre les représentants locaux et les agents publics, parce quil a compris limportance de la collaboration pour atteindre des objectifs de gestion plus larges à Gunung Mutis. La recherche comme médiationBon nombre des études consacrées à la médiation soulignent limportance de la collecte dinformations pour négocier des ententes solides ( McCreery, 1995 ). Dans les quatre sites susmentionnés, le processus de recherche lui-même a été utilisé pour obtenir une large participation des divers groupes concernés, tant dans les études de terrain que dans les ateliers subséquents destinés à soumettre les résultats des recherches au débat public. Dans chacun de ces sites, des agents gouvernementaux de niveau intermédiaire, des dirigeants dONG et des représentants de villages ont participé activement aux études, ce qui a favorisé lexécution danalyses plus concrètes, axées sur les systèmes et sur le partage de renseignements inter-agences ( et interpersonnels ). Cela a débouché sur une compréhension plus exhaustive de la dynamique de la gestion des forêts et une résolution mieux intégrée des litiges existants. Plus important encore, ces dirigeants ont contribué à « socialiser » les résultats des recherches au sein de leurs organismes respectifs ; de cette manière, au moment où les participants clés arrivaient à létape de planification et de négociation ( souvent dans le cadre dun atelier convoqué pour discuter des résultats des recherches ), les questions étaient mieux comprises et moins menaçantes pour les personnes à même de décider ( notamment les dirigeants dorganismes et les chefs de village ). Comme la recherche est souvent jugée « neutre », se concentrer sur lanalyse de ses résultats aide à dégager les parties prenantes de leurs positions traditionnelles, souvent mal informées, pour les amener à mieux comprendre le caractère complexe et intégré des différends. Cette approche a souvent pour effet datténuer le malaise potentiel de la négociation directe et douvrir le dialogue pour chercher des solutions plus créatives ( Fisher et Ury, 1981 ). La validation objective des informations à partir de plusieurs points de vue différents stimule une réflexion plus rationnelle, systémique et collaborative sur les mesures à prendre. Occasions de participation communautaireLes processus traditionnels de planification gouvernementale à Nusa Tenggara se sont avérés inefficaces pour faire participer les collectivités locales à la planification des programmes de gestion des forêts et de conservation. À Rempek, au paroxisme du litige sur la limite de la zone forestière, le chef de village a dit quil « se sentait souvent comme un spectateur à un match de volley-ball », regardant les agences gouvernementales se battre pour imposer des programmes séparés et souvent contradictoires, sans aucune participation de la collectivité. Lun des résultats importants de la recherche de terrain à Nusa Tenggara a été une compréhension commune du fait que cette participation locale limitée est souvent la source de nombreux programmes mal conçus. Beaucoup de membres du GTC cherchent maintenant de nouvelles occasions de faire participer les collectivités locales à des démarches constructives, non menaçantes et, souvent, discrètes. À Nusa Tenggara, cela sest fait au moyen defforts de recherche participative, de réunions publiques au niveau communautaire ( et pluri-communautaire ), et dune interaction réfléchie et progressive avec les agents publics. Ces approches ont aussi souvent exigé une bonne dose de navettes diplomatiques et de « socialisation » entre les agents gouvernementaux et les collectivités locales, par lintermédiaire des chercheurs, du personnel des ONG ou déquipes mixtes. Processus et continuitéLe Consortium et le GTC ont fourni à la fois le contexte et la continuité pour la résolution des problèmes par la collaboration. Suite à lextension des programmes et à lapparition de nouveaux défis, on a de mieux en mieux compris la nécessité dune base institutionnelle plus solide. Avec le temps, le GTC a oeuvré pour former une unité distincte destinée à préserver limpulsion acquise, à dispenser un soutien logistique et à conserver la mémoire institutionnelle et le réseau de contacts nécessaires pour favoriser ces initiatives. Cette unité, KOPPESDA, se compose maintenant de six employés oeuvrant simultanément dans plusieurs sites. KOPPESDA dispense le soutien technique et logistique ( méthodes de recherche, conception de processus et facilitation ), assure linitiative et le leadership et possède lexpérience acquise dans les différents sites pour résoudre bon nombre des problèmes difficiles que posent les situations les plus épineuses. Léquipe organise aussi des ateliers locaux et régionaux quelle aide à documenter. KOPPESDA étant considérée comme une entité institutionnellement indépendante et généralement neutre ( par rapport aux autres parties prenantes ), on a souvent recours à elle pour convoquer des réunions des parties prenantes dans un contexte non bureaucratique et sans confrontation. En bref, bien quelle ne soit pas nécessairement identifiée comme telle, KOPPESDA est rapidement devenue une équipe de médiation-facilitation à déploiement rapide, dans beaucoup de situations où les relations et conventions traditionnelles nont pas permis de débat public ouvert sur la gestion des forêts et la conservation. Bien que cette unité soit devenue un atout extrêmement précieux dans la région ( et au-delà ), les demandes daide qui lui sont adressées ont rapidement dépassé ses capacités. Dans chaque cas, KOPPESDA doit sefforcer de trouver un équilibre entre une intervention extérieure et le développement local des capacités pour appuyer le processus de règlement des différends et forger de nouvelles alliances en vue dune gestion efficace des zones forestières et de conservation. Le contexte général : réalités économiques et politiquesLa surveillance et lévaluation régulières des interventions sur les sites ont aussi permis de mieux évaluer les contraintes inhérentes à ces méthodes relativement nouvelles et souvent longues de prise de décisions axées sur la collaboration. Dun point de vue économique, les coûts aussi bien directs que dopportunité limitent la participation des agences et des collectivités, ce qui vaut notamment pour les villageois pauvres qui doivent souvent quitter leur ferme et leur collectivité pour participer à des discussions qui nauront probablement que peu de résultats immédiats. Au palier institutionnel, des politiques rigides, des structures hiérarchisées, une culture de commandement inflexible et des budgets limités obligent souvent à sadresser plus haut dans la hiérarchie administrative. Le transfert fréquent des agents publics est un défi important étant donné linvestissement considérable que lon doit faire sur le plan de léducation et de létablissement de relations, et les ententes novatrices sont souvent informelles, non exécutoires et fondées sur la confiance personnelle. Linvestissement peut savérer décevant si lagent dont on a obtenu lappui est remplacé par une personne moins bien informée et moins favorable à ces méthodes. Laccès à un financement soutenu et souple est un autre facteur critique pour stimuler la participation des organismes et pour encourager des réponses plus dynamiques au palier local. Finalement, les récents troubles politiques et économiques en Indonésie ont eu une incidence à la fois directe et subtile sur les programmes à Nusa Tenggara. Le désordre politique de lan dernier, conjugué à une sécheresse et à une crise économique persistantes, a été préjudiciable à la dynamique de lexploitation forestière, aux perceptions relatives à la participation des ONG, et à laptitude et à la volonté des diverses parties de participer aux processus. Les activités actuelles se déroulent dans un climat dincertitude considérable quant aux politiques futures sur la gestion des forêts et le développement communautaire. Le ministère des Forêts et des Plantations, qui a récemment été restructuré, encourage un dialogue de fond à ce sujet, à léchelle nationale, et le Consortium a été invité à accueillir une série de rencontres régionales pour débattre de ces questions. Il est cependant encore trop tôt pour dire si le gouvernement actuel sera capable de passer à laction au sujet des nouvelles initiatives proposées et de la réforme des politiques. ConclusionsLexpérience de Nusa Tenggara jette un éclairage utile sur létat actuel de la gestion des forêts et de la conservation et offre des leçons importantes pour élaborer des stratégies efficaces. Chaque cas est unique et offre un exemple de cultures et de modes de vie confrontés à de nouvelles pressions émanant dun changement économique et social inévitable. Les sites forestiers dont soccupe actuellement le GTC du Consortium sont menacés par une exploitation plus intensive, des politiques déficientes et de faibles processus de coordination et de mise en uvre. Collectivement, ils offrent une image relativement exacte des défis quil faut relever pour concilier les réalités locales aux objectifs plus généraux de conservation et de développement. Les interventions que nous avons décrites ont fait lobjet dun examen intense et régulier au cours des trois dernières années. Les méthodes ont été adaptées et affinées au moyen dune évaluation collective dans chacun des sites et dune évaluation comparée dans lensemble de la région de Nusa Tenggara. Le GTC a fourni une structure et un forum uniques pour cette analyse, en réunissant les chefs communautaires, les chercheurs, les agents gouvernementaux et le personnel local des ONG. Cela dit, ces initiatives sont toujours considérées comme étant à une étape relativement rudimentaire de leur évolution. Le progrès est variable et le succès, incertain. Bien que chercheurs et praticiens des programmes de conservation et de développement durable puissent y trouver des leçons importantes, les mesures prédictives restent incertaines et imparfaites. Par exemple, le processus de réflexion collective à Sesaot, qui semblait au départ faire dexcellents progrès, a finalement tourné court et a été détourné par dautres problèmes et priorités. Le travail à Wanggameti a bien avancé et a permis dobtenir une entente importante sur une nouvelle structure de coordination pour gérer le TCW ; par contre, la mise en uvre des recommandations de programmes clés reste douteuse. À Rempek, peut-être le plus difficile de tous ces cas, les ouvertures récentes du gouvernement offrent au moins un espoir de réconciliation, mais on na encore aucune assurance quelles produiront une solution durable. Les activités décrites dans la présente étude sont fondées sur le postulat que les deux éléments cruciaux dune prise de décision efficace sont des informations exactes et la participation réelle des parties prenantes ( Lee, 1993 ). Les interventions dans les sites ont mis laccent sur le rôle de la recherche stratégique pour fournir des informations exactes sur les conflits touchant lutilisation des sols et la gestion des forêts. Le caractère coopératif de cette recherche, effectuée avec la participation des collectivités et des organismes publics, a produit, là où les résultats ont été mis en uvre, les progrès les plus évidents dans latténuation des conflits en matière de gestion et de politiques. Dans chacun des sites, les recherches et les études de terrain ont produit de saines recommandations, et diverses structures commencent à voir le jour pour assurer la coordination et lintégration des activités de développement et de conservation. Ces coalitions locales sont dorigine relativement récente et représentent des alliances encore fragiles de personnes et de groupes qui commencent à uvrer ensemble, à se faire confiance et à comprendre leurs différences culturelles et institutionnelles. Ce sont néanmoins des exemples stimulants qui transforment peu à peu la manière dont on pense la gestion environnementale, la gouvernance et la participation en Indonésie. BibliographieBKSDA ( Centre For Natural Resource Conservation, Indonesian Department of Forestry ), 1998, Pengkajian Sosial, Ekonomi, dans Budaya Ternak Lepas di Sekitar Kawasan Cagar Alam Gunung Mutis ( Usulan Kegiatan ) [ Recherche socio-économique et culturelle sur la gestion du bétail dans la Réserve naturelle de Gunung Mutis ( activités proposées ) ], BKSDA, Balai Konservasi Sumberdaya Alam VII Kupang, Kupang ( Indonésie ). Borrini-Feyerabend, G., 1996, Collaborative management of protected areas : tailoring the approach to the context, issues in social policy, Union internationale pour la conservation de la nature, Gland ( Suisse ). 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