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Chapitre 6
ConclusionLes Nations Unies sont arrivées à une charnière cruciale. Dans un monde de plus en plus interconnecté, de nouvelles formes de gouvernance mondiale sont apparues. Les réseaux MPP profitent justement de ces mêmes forces de la mondialisation qui ont perturbé et compliqué les structures de gouvernance traditionnelles en remettant en question les capacités opérationnelles et le sens démocratique des gouvernements. Ils se distinguent par leur aptitude à rassembler des gens et des institutions d'horizons divers, qui ont même souvent travaillé les uns au détriment des autres pendant des années. En faisant usage de la force que peuvent avoir des liens faibles, ils sont capables de manœuvrer dans la diversité précisément à cause des tensions productives sur lesquels ils reposent. Comme l'a dit le secrétaire général Kofi Annan, ce partenariat composé d'ONG, du secteur privé, d'organisations internationales et de gouvernements est doté d'une grande puissance pour l'avenir. Les réseaux MPP représentent donc pour les Nations Unies un moyen prometteur d'accomplir leur mission, de garder leur utilité dans un monde en pleine mutation et de servir leurs membres de façon plus efficace et efficiente.Mais ils sont aussi pour les gouvernements une occasion unique de reprendre l'initiative dans le débat sur l'avenir de la gouvernance mondiale. Il est crucial de bien faire comprendre aux États membres des Nations Unies que les réseaux MPP sont destinés non à remplacer les gouvernements, mais à les compléter. L'habilitation de ces entités, qui constituent la base réelle d'une gouvernance mondiale légitime et responsable, n'équivaut ni à un jeu à somme nulle, ni à un transfert de pouvoirs. C'est plutôt l'occasion de renforcer les institutions chargées de la mise en application des politiques. Les réseaux permettent aux gouvernements de mieux gérer les risques et de profiter des possibilités de la libéralisation économique et de la révolution technologique, et de devenir ainsi plus attentifs aux besoins de leurs électeurs. Dans le présent rapport, nous avons à peine effleuré les processus et la dynamique des réseaux trisectoriels. L'examen comparatif de réseaux récents permet de penser qu'ils assument plusieurs fonctions. En rassemblant des acteurs appartenant à des secteurs différents pour traiter de questions transnationales précises, ils élèvent ces dernières au rang des priorités de la gouvernance mondiale et ils pressent les structures existantes de prendre des mesures. Ils convoquent des intervenants multiples pour établir des règlements et concevoir des normes, et ils participent largement à la mise au point et à la diffusion du savoir. Certains d'entre eux cherchent à créer des marchés là où il n'y en a pas et à développer ceux qui ont encore un potentiel à exploiter. Plusieurs réseaux mondiaux ont été créés pour aider à mettre en application des traités intergouvernementaux. De plus, en faisant participer au processus d'élaboration de politiques des acteurs appartenant à plusieurs secteurs et niveaux, tous les réseaux contribuent à éliminer le déficit participatif de gouvernance mondiale. Toutefois, pour que les réseaux MPP deviennent un instrument fiable et plus largement utilisé dans l'arsenal de la gouvernance mondiale, les Nations Unies vont devoir y participer activement. Elles doivent aider à remédier aux problèmes de gestion et aux faiblesses actuelles de ces réseaux et, avant tout, à relever le double défi de la participation. C'est seulement s'ils arrivent à inclure plus largement des participants de pays en développement et d'institutions locales dans tous les stades du cycle d'élaboration des politiques que ces réseaux pourront devenir des structures de gouvernance légitimes, capables de mettre en application des politiques sur le terrain. Parmi les rôles à jouer par les Nations Unies, il y en a deux qui prennent un relief particulier. Le premier découle de la nécessité d'une plus grande participation au processus décisionnel mondial. L'Organisation devrait être chargée de créer un environnement favorable qui permettrait aux pays, surtout aux pays en développement, de participer à l'établissement de réseaux trisectoriels et d'acquérir la capacité de mettre en application dans leurs propres institutions et programmes les décisions prises dans ces réseaux. À cet effet, l'accent devrait être mis sur le renforcement des capacités, la diffusion à grande échelle de l'information et la constitution d'une base de connaissances qui donnera à toutes les parties intéressées les moyens de contribuer au débat sur la question à l'étude. Le second rôle provient du fait que les organisations internationales en général, et les Nations Unies en particulier, sont bien placées pour offrir une plate-forme de réunion à des réseaux trisectoriels. Le rôle de facilitation de réseaux existants et de convocation de nouveaux réseaux suppose au préalable que les organisations internationales aient une attitude plus humble et renforcent leurs capacités internes pour pouvoir mettre davantage l'accent sur la sélection et la coordination, afin d'entrer le moins possible en compétition. Néanmoins, les organisations internationales préfèrent souvent encore les approches administratives et descendantes qui menacent d'étouffer le dynamisme des nouveaux réseaux. C'est la raison pour laquelle il pourrait être préférable, actuellement, de positionner les réseaux à l'extérieur de ces organisations pour éviter de leur imposer le fardeau des problèmes internes non encore résolus par celles-ci. Pour pouvoir être des acteurs fiables dans les réseaux MPP, les Nations Unies et leurs organismes spécialisés vont devoir mettre en œuvre plusieurs changements organisationnels, y compris des mécanismes de classement par ordre de priorité et de coordination des nouvelles questions à étudier. Bien que ces réseaux envisagent la gouvernance d'une manière innovatrice et dynamique, ils ne fonctionneront pas sans un ajustement de toutes leurs composantes. Une collaboration au sein de réseaux créés pour élaborer des politiques mondiales exige des ajustements tant de la part de leurs participants que des institutions responsables de ces politiques, c'est-à-dire les États et les organisations internationales. Voilà qui soulève un certain nombre de questions cruciales en ce qui concerne la gestion, l'apprentissage et le changement au sein des institutions, questions sur lesquelles nous nous sommes étendus plus longuement au chapitre 4 et plus particulièrement au chapitre 5 pour ce qui est des Nations Unies. Ce qui est tout aussi important, c'est que les gouvernements ne détournent pas de fonds affectés à d'autres domaines importants pour financer les besoins des réseaux. Ils devront plutôt voir leur participation à des réseaux trisectoriels comme des investissements à long terme qui les aideront en fin de compte à assumer leurs responsabilités. Les fonds dépensés notamment pour favoriser une large participation aux réseaux MPP dont la mission est de protéger l'environnement mondial, de combattre et de maîtriser des maladies transmissibles, de lutter contre la criminalité transnationale et d'assurer la sécurité alimentaire dans le monde d'aujourd'hui ne doivent être considérés ni comme des «investissements étrangers», ni comme une «aide». Ce sont plutôt des investissements publics mondiaux qui vont produire un rendement réel, partagé par tous. Les gouvernements restent les acteurs principaux et ils assument la responsabilité d'une vaste gamme d'activités, en particulier celle des programmes de développement. Comme l'a dit la directrice exécutive d'UNICEF, Carol Bellamy, nous ne devons pas décharger les gouvernements de leurs responsabilités. Il faut, par conséquent, voir dans ces réseaux des compléments aux structures de gouvernance nationales et intergouvernementales, et non des substituts. La société civile et le secteur privé doivent également s'ajuster pour mieux participer aux réseaux trisectoriels. Il faut notamment une plus grande transparence. On renforcerait la confiance dans une telle structure grâce à une réglementation fondée sur des principes de bonne information, garantissant à d'autres groupes un accès suffisant pour qu'ils puissent s'assurer que leurs intérêts sont correctement représentés. Les entreprises peuvent également faciliter le fonctionnement des réseaux en améliorant leurs propres structures internes de contrôle et de gestion et en favorisant le dialogue avec d'autres secteurs. Parmi les mesures immédiatement exécutables, on peut citer la mise en place de structures indépendantes de vérification et d'incitation propres à décourager toute prise de risques excessifs. Plus nous porterons notre attention sur l'amélioration de la gouvernance au sein des entreprises, plus nous réduirons les risques d'échec du marché et la nécessité d'une réglementation externe. Les entreprises et les associations de gens d'affaires sont de plus en plus nombreuses à donner l'exemple en mettant en œuvre ce programme de changement et à faire fonction de pionnier en matière de gouvernance. Plusieurs ONG, pour leur part, se sont également rendu compte de la nécessité d'une plus grande transparence et responsabilité. Comme nous l'avons évoqué dans l'introduction, il se pourrait bien que nous en soyons aux premiers stades d'un changement de paradigme (au sens où l'entend Thomas Kuhn) dans le domaine de la gouvernance. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant d'atteindre les limites du savoir et, en fin de compte, c'est la pratique qui nous permettra d'élaborer nos théories. À ce stade, toutefois, notre tâche principale consiste à rassembler les leçons tirées des réseaux existants, afin d'analyser les défis auxquels nous serons confrontés en chemin. Un centre de renseignements pourrait être utile à cet égard en tant que plaque tournante et centre de gestion des connaissances pour rassembler et diffuser les leçons apprises dans les réseaux du monde entier. En résumé, disons que les réseaux MPP n'ouvrent pas une voie facile, mais que les difficultés valent bien le risque, étant donné les défis de taille que nous lance ce monde complexe avec sa multitude, en croissance exponentielle, d'acteurs, d'intérêts et de problèmes à résoudre. Depuis la fin de la guerre froide, nous avons vu surgir un grand nombre d'intérêts rivaux et nous sommes appelés à faire œuvre de médiateur là où ces derniers aboutissent à des conflits. Nous n'avons que trop tardé à laisser vacant le centre du débat, en livrant le podium aux deux extrêmes du spectre idéologique. Il est temps maintenant de réfléchir à la manière de retrouver le juste milieu en entraînant les différentes parties dans un dialogue -- un dialogue qui aiderait à réoccuper le centre et à entamer un processus de recherche de réponses durables aux défis de la mondialisation. Les enjeux sont de taille. Après tout, la mondialisation, ce n'est pas la fin de l'histoire. Il est temps que nous prenions une attitude proactive de peur d'être témoin d'un véritable mouvement de ressac contre la mondialisation. Le statu quo est insoutenable et il n'est pas impossible de voir se produire un changement vers le pire si l'on impose un retour dans le carcan national -- ce qui équivaudrait à «avancer à reculons dans le passé». Les réseaux peuvent aider à transformer pour le mieux ce statu quo insoutenable en relevant les défis et en profitant à fond de la révolution technologique et de l'intégration économique et sociale. Conscients de ces avantages, les gouvernements accordent plus d'importance aux réseaux MPP. En fin de compte, c'est aux États membre et à leur volonté politique qu'il incombe de souscrire entièrement à un tel plan d'action. Mais il est du devoir des Nations Unies d'exposer à leurs membres les défis qui les attendent à l'aube d'un nouveau millénaire et de leur présenter un programme réalisable pour s'y attaquer.
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